[cinéma] L'Inconnue : Vertiges du changement d'identité

© bathysphere

Filmant le trouble des âmes qui passent d’un corps à un autre, Arthur Harari signe une œuvre ambitieuse et désarmante. Porté par Léa Seydoux et Niels Schneider, L’Inconnue explore avec maîtrise les mystères de l’identité dans un récit captivant.

David, photographe solitaire, fait l’expérience radicale de se retrouver littéralement projeté dans la peau d’une femme qu’il a rencontrée lors d’une soirée. Il voit alors vaciller toutes ses certitudes, et doit redéfinir ce qui le constitue profondément. Adapté d’un roman graphique de Lucas et Arthur Harari, le long-métrage est le fruit d’une collaboration étroite entre les deux frères, et cette proximité avec l’œuvre d’origine se ressent à chaque instant. Poussant plus loin encore la cohérence avec la BD, certains plans sont construits à l’image des cases de bande dessinée, et permettent de prolonger l’univers imaginé sur la page.

Mais cette fidélité n’a rien de figé, elle permet au cinéaste de développer un récit dense, où les interrogations sur l’identité, la personnalité et le regard porté sur soi prennent une ampleur nouvelle. Après le vertigineux Onoda, 10 000 nuits dans la jungle, et son Oscar du meilleur scénario pour Anatomie d’une chute coécrit avec Justine Triet, Arthur Harari confirme son goût pour les récits qui déplacent les frontières du réel et invitent les spectateurs à remettre en question leurs repères.

Le mystère comme moteur

Ce qui frappe avant tout dans L’Inconnue, c’est sa capacité à entretenir une forme d’incertitude permanente. Dès lors que les esprits respectifs de deux personnages se voient intervertis d’un corps à l’autre par l’action d’une étrange entité, c’est leur condition même qui est touchée. Qui sommes-nous lorsque notre corps ne nous appartient plus ? « Incertitude » ne signifie toutefois pas imprécision du scénario, et ces thèmes, éminemment complexes, sont parfaitement assemblés par le récit, lui-même servi par une interprétation magistrale.

Quelque part entre son rôle de « James Bond girl » énigmatique dans 007 Spectre et celui de brillante pianiste dans Gentle Monster (en salles début 2027), Léa Seydoux impose une présence aussi fascinante qu’insaisissable. Face à elle, Niels Schneider, méconnaissable, réinvente subtilement son personnage au fil du récit. Ensemble, ils donnent d’innombrables nuances à cette réflexion sur les multiples facettes de l’être humain. Arthur Harari déploie par ce film son propre univers, à la fois cérébral et physique, et confirme sa place parmi les cinéastes français les plus brillants de sa génération.

L'Inconnue, sortie dans les salles le 26 août 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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