[cinéma] Des fleurs pour Tokyo : Poésie urbaine
Danzuka Yuiga impressionne par la maturité de ce tout premier film qui raconte le Japon de 2025 avec une force saisissante. En moins de deux heures, il réussit à surprendre le spectateur par la puissance de ses images et par une audace qui en font, déjà, un auteur à suivre.
Une famille dîne dans le restaurant d'une aire d'autoroute avant de partir en vacances pour quelques jours loin de Tokyo, où elle réside. Ces premiers instants nous présentent les membres de cette tribu de loin, avec peu de gros plans ou de plans fixes sur les visages, le réalisateur privilégiant un regard fugace et lointain, comme une pudeur initiale pour ne pas troubler l'intimité qui est à l'œuvre.
Danzuka Yuiga, jeune cinéaste de 26 ans, fait montre dès ces quelques plans d’une maîtrise étonnante. Puis, à peine nous a-t-il fait rencontrer cette famille qu’une rupture dans la narration nous propulse plus de dix ans dans le futur. Dans cette seconde partie du film apparaît un élément fondamental : de subtiles nappes électro qui vont ponctuer chaque scène, servant de trait d'union entre l'histoire qui se déroule, les grands projets d'aménagement du territoire du centre de Tokyo, et les péripéties inattendues qui vont chambouler une fois encore tout le récit.
Et soudain…
Danzuka Yuiga ne cesse de surprendre dans sa proposition de cinéma. Il se permet une facétie romanesque qui semble étonner jusqu'aux personnages et aux acteurs du film, comme si la table sur laquelle reposait toute l'histoire se retrouvait renversée en quelques secondes. On reconnaît dans cet élément narratif le Pialat de À nos amours, qui n'avait pas hésité durant le tournage à provoquer avec audace la surprise de toute son équipe.
Si cela est sans doute beaucoup plus écrit dans Des fleurs pour Tokyo, l'effet est le même : une sidération gigantesque qui marque les esprits. Le jeune auteur ne s'arrête pas là, car une fois son récit achevé, il distille encore, par le truchement de plans au style documentaire, des morceaux du Tokyo contemporain et de sa jeunesse qui vit la topographie de la ville dans la plus grande insouciance, comme un commentaire sur le temps qui passe. Des fleurs pour Tokyo est une première œuvre brillante qui donne une vue réjouissante du renouveau du cinéma japonais.
Des fleurs pour Tokyo, sortie dans les salles le 5 août 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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