[cinéma] The Ugly : Une femme disparaît

© KMBO Films

Depuis Dernier train pour Busan, film de zombies aussi hystérique que jubilatoire, Yeon Sang-ho est réputé pour la vélocité de sa mise en scène. Contre toute attente, il signe, avec The Ugly, un thriller intimiste d’une étonnante sobriété, subtil, perturbant, et éminemment politique.

En Corée du Sud, Dong-hwan travaille avec son vieux père aveugle, graveur de sceaux réputé. Un jour, un appel de la police lui apprend qu’on a retrouvé le squelette de sa mère, vieux de 40 ans, non loin de la fabrique où elle travaillait. Le jeune homme tombe des nues, son père lui ayant toujours dit que sa mère l’avait abandonné, quittant le foyer sans explication...

Ainsi débute une quête de vérité au cours de laquelle s’entrelacent deux époques : de nos jours, Dong-hwan rencontrant ceux qui ont connu sa mère ; et les années 1980, période de croissance économique et d’exploitation sans scrupules d’une main-d’œuvre bon marché, corvéable à merci. Aidé d’une journaliste, il tente de comprendre qui était cette femme et ce qui a pu lui arriver. Étrangement, tous les témoignages qu’ils recueillent s’accordent sur une chose : elle était laide. 

Des invasions zombies aux non-dits familiaux : la violence toujours recommencée

Pour qui a vu Dernier train pour Busan, ou le tout récent Colony, la surprise est de taille devant ce nouveau film du Sud-Coréen, tout en retenue, au rythme lent et à l’atmosphère feutrée. Yeon Sang-ho est donc aussi à l’aise avec la suggestion ou les longues scènes de dialogues qu’avec les explosions de violence gore et les effets de mise en scène démonstratifs. Mais loin de ne se livrer qu’à un simple exercice de style, le réalisateur met sa maîtrise au service de personnages et de situations riches de sens et d’émotions.

Adaptant son propre roman graphique, Yeon Sang-ho s’attache à révéler la violence des rapports de force omniprésents dans la société coréenne, et ailleurs. Violences de classes, violences sexistes, harcèlement, puissance du conformisme ; tout cela sous nos yeux, mais qu’on s’est habitué à ne plus voir, comme une toile de fond de nos existences. Dong-hwan, enquêtant sur sa mère, si laide, si affreuse que certains en rient encore 40 ans plus tard, met au jour ce qui meut tout un monde, toute une civilisation : la normalité comme joug, comme tyrannie, qui écrase, humilie, tue. Avec ce thriller captivant de bout en bout, l’auteur jette en outre une lumière glaçante sur la misogynie démente et criminogène qui gangrène son pays, et tous les autres.

The Ugly, sortie dans les salles le 29 juillet 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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