Fjord : Le progressisme au défi du conservatisme

© Le Pacte

Quelque part en Norvège, les pratiques traditionnelles d'une famille roumano-norvégienne se heurtent aux valeurs laïques, libérales et progressistes de la communauté locale. Cristian Mungiu signe une nouvelle chronique remarquable, d’une grande acuité politique, sociale et religieuse.

Le temps d'un film, le cinéaste Cristian Mungiu troque sa terre natale (la Roumanie) pour un fjord norvégien, au cœur duquel les Gheorghiu, une famille évangéliste aux valeurs conservatrices, viennent de s'installer. Malgré leurs abords accommodants, ils attirent peu à peu l'attention des voisins et des enseignants : du fait de leurs méthodes d'éducation, les parents représenteraient un danger idéologique et physique pour leurs enfants. Nouvelle chronique sur l'altérité et sur la déshumanisation de la société contemporaine (et occidentale), Fjord passionne autant par son intrication thématique que par sa maîtrise formelle.

Le (dé)faire communauté

L'une des grandes forces de Mungiu réside dans son refus du simplisme. Dans cette bataille idéologique qui oppose progressisme et conservatisme, le réalisateur ne désigne aucun coupable. En réalité, il incrimine à peu près tout le monde (sauf les enfants, les vrais « innocents » de l'histoire), et il soulève – surtout – plus de questions qu'il ne cherche à y répondre. La religion peut-elle légitimer la violence éducative ? La laïcité n'est-elle pas une doctrine comme une autre ? Autour d'un récit particulièrement dense, habité par des personnages nuancés, son long-métrage interroge les limites du « faire communauté ».

La tournure dramatique des événements (inspirés de plusieurs faits divers récents) épingle, plus précisément, les dérives communautaristes. Par un système de procédures complexes, la communauté locale cherche à faire plier la seconde, étrangère, qui, in fine, renonce à son intégration et mobilise des soutiens dans son pays d'origine. L'affaire s'emballe et les médias rappliquent : c'est désormais l'Occident qui s'oppose à l'Orient – la Roumanie appartenant géographiquement à l'Europe orientale. Et, comme presque toujours chez Cristian Mungiu, la foule agit comme une masse aussi dévastatrice que les injustices qu'elle pense combattre. Telle une avalanche (à plusieurs reprises dans le film, la vallée est menacée par des chutes de neige), elle vient étouffer la vérité. Laquelle se trouve inexorablement – et la mise en scène le démontre de manière magistrale – dans l'ambiguïté.

Fjord, sortie dans les salles le 19 août 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Publié le 10 août 2026 [Cinémas]

Marie-Lou dirige un EHPAD privé et tente d’y instaurer la méthode de soins « Humanitude ». Elle se lie avec Mari : c’est le début d’une brève mais intense amitié. Un film délicat sur la relation à l’autre, admirablement porté par ses interprètes.

Danzuka Yuiga impressionne par la maturité de ce tout premier film qui raconte le Japon de 2025 avec une force saisissante. En moins de deux heures, il réussit à surprendre le spectateur par la puissance de ses images et par une audace qui en font, déjà, un auteur à suivre.

Publié le 27 juillet 2026 [Cinémas]

Depuis Dernier train pour Busan, film de zombies aussi hystérique que jubilatoire, Yeon Sang-ho est réputé pour la vélocité de sa mise en scène. Contre toute attente, il signe, avec The Ugly, un thriller intimiste d’une étonnante sobriété, subtil, perturbant, et éminemment politique.

Du 22 juillet au 16 août 2026, le festival de cinéma en plein air de La Villette revient pour une 35e édition placée sous le thème « L'Appel de la forêt ».

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !