[critique] Si tu penses bien : L'emprise mise à nu

©Liaison Cinématographique – Pan Cinema - Artémis Productions – Les Productions du Ch'timi

Pour son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache abandonne la comédie légère qui a fait sa renommée pour un drame implacable sur l’emprise conjugale. Portée par une Monia Chokri habitée, cette œuvre bouleversante frappe par sa justesse et sa portée féministe.

Gil (Monia Chokri) et Jacques (Niels Schneider) s’aiment d’un amour évident. Mais très vite, l’euphorie des débuts cède la place à un huis clos silencieux. Jacques rassure Gil d’une phrase en apparence anodine, presque tendre : « Si tu penses bien, il ne t’arrivera que du bien », qui devient peu à peu le mécanisme d’un contrôle total. Sans jamais céder à la caricature, Géraldine Nakache filme la lente dépossession de son personnage, isolée de ses proches, éloignée de son métier dans le cinéma, sommée de rectifier sa propre pensée pour apaiser un mari de plus en plus tyrannique. La religion juive, loin d’être un simple décor, structure le récit : les rituels de purification deviennent, entre les mains de Jacques, des outils de domination insidieuse.

À cette emprise religieuse s’ajoute peu à peu un autre mécanisme de contrôle, fondé sur la promesse d’un bonheur qui ne pourrait être atteint qu’à condition de « penser juste ». Présentée en section Cannes Première, l’œuvre a reçu une longue ovation émouvante, preuve que ce récit intime, coécrit avec David Lambert, connu pour ses drames intimistes qui explorent les relations amoureuses et les thématiques LGBTQ+, touche à l’universel.

Le pouvoir des petits mots

C’est là toute la force du film : montrer que la violence ne prend pas toujours la forme du coup ou du cri, mais aussi celle du soupir, du reproche murmuré, du silence qui s’éternise. Chaque scène déplace un peu plus la frontière de ce que Jacques s’autorise, et Monia Chokri, dans un jeu tout en micro-réactions, restitue avec une intensité rare cette vigilance permanente qu’impose l’emprise. Niels Schneider, glaçant de douceur, incarne à merveille cette manipulation qui ne dit jamais son nom.

Géraldine Nakache filme surtout des espaces clos, avec une mise en scène sèche et sobre qui laisse toute la place à ses interprètes. En choisissant de raconter ces « violences sourdes » plutôt que la brutalité spectaculaire, elle livre un film courageux et nécessaire, qui donne enfin à voir et à comprendre ce que vivent tant de femmes sous emprise. Une réussite féministe qui, à n’en pas douter, marquera les esprits bien au-delà des salles obscures.

Si tu penses bien, sortie dans les salles le 16 septembre 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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