[critique] L'Affaire Bojarski : Grandeur et décadence de l’orfèvre du faux

© Le Pacte

Après avoir exploré les zones grises de la vérité avec La Syndicaliste et les doubles vies avec La Daronne, Jean-Paul Salomé poursuit son auscultation des figures solitaires en lutte contre (ou en marge de) l’institution.

Avec L’Affaire Bojarski, il délaisse l’énergie volcanique d’Isabelle Huppert pour la force tranquille de Reda Kateb, glissant du thriller au portrait intimiste d’un des plus grands faussaires du XXe siècle.

Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais réfugié en France pendant la Seconde Guerre mondiale, met son savoir-faire au service de la Résistance en fabriquant de faux papiers pour échapper à l’Occupant. Dans l’après-guerre, marginalisé et empêché de faire reconnaître ses inventions, il se met à produire, seul dans un cabanon au fond de son jardin de banlieue, des billets d’une qualité telle qu’ils paraissent plus authentiques que ceux de la Banque de France, devenant le « Cézanne de la fausse monnaie ».

La sensualité du geste

Le cinéaste choisit de s’attarder moins sur l’appât du gain que sur la technique du faussaire. Il filme avec une véritable sensualité les séquences de fabrication des billets, où l’on voit l’ingénieur polonais mélanger ses encres, caresser le papier, inventer ses propres machines. Le film captive lorsqu’il adopte ce regard quasi documentaire, transformant l’illégalité en une performance artistique silencieuse.

Reda Kateb, dont la sobriété n’est plus à prouver, prête à son personnage une mélancolie touchante, loin des archétypes du bandit grandiloquent. Il compose un Bojarski à la fois génial et pathétique, un homme qui cherche moins la richesse que la reconnaissance de son talent, fût-ce par l'intermédiaire du crime. À côté de lui, Sara Giraudeau, dans le rôle de l’épouse, offre un contrepoint lumineux. Elle est l’ancrage dans le réel de cet homme qui s'enferme peu à peu dans sa tour d'ivoire fantasmatique. Le duel à distance avec Bastien Bouillon, impeccable en flic rigide et méthodique, offre une dynamique de « chat et souris » plaisante, évoquant par instants un Arrête-moi si tu peux aux accents plus grisâtres et prolétaires.

Ce biopic habité n’est ni une hagiographie ni un simple récit factuel, mais une méditation cinématographique sur un homme qui, par le biais de l’illusion, a peut-être mieux saisi que les autres la vérité de son époque.

L'Affaire Bojarski, sortie dans les salles le 14 janvier 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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