The Last Viking : Quand la psyché oscille entre Beatles et guerriers scandinaves

© Rolf Konow

Le chassé-croisé drôle, violent, absurde et émouvant de personnages en mal d’identité, autour d’un magot planqué qu’une brute veut récupérer. Entre traumatismes d’enfance liant frères et sœur, et violence empreinte du souvenir des Vikings.

Libéré de prison 15 ans après avoir commis un braquage, Anker veut récupérer le butin qu’il avait demandé à son frère Manfred de cacher dans la forêt de leur enfance. Seulement voilà : Manfred souffre d’un trouble d’identité dissociatif le rendant totalement incontrôlable. Pire, il se prend désormais pour John Lennon, et a oublié où il a enfoui le trésor. Un psychiatre conseille à Anker de l’aider à reformer les Beatles pour le ramener « au réel ». La situation se complique quand l’ex-complice d’Anker exige de celui-ci qu’il lui restitue l’argent sous trois jours. Entre polar et comédie, non-sens et violence, une analyse fine et humaine de la folie.

Un peu de raison dans la folie, et de folie dans la raison

« Je peux seulement dire que je suis devenu un homme différent », jure Anker à la commission chargée de statuer sur sa libération. La différence ! Si l’on s’enorgueillit bien de changer soi-même, pourquoi alors craindre les transformations qui affectent l’autre, surtout si elles proviennent d’un handicap, ici psychique ? D’ailleurs, où commence la folie ? Et si, pour paraphraser le philosophe Nietzsche, il y avait toujours en elle un peu de raison ? Tout en déclinant ce thème avec acuité, Anders Thomas Jensen réalise, avec ce sixième long-métrage, une œuvre intelligente, humaniste et bouleversante.

La confrontation entre Mads Mikkelsen, époustouflant dans le rôle du frère incontrôlable atteint de trouble dissociatif, et Nikolaj Lie Kaas, toujours plus dépassé, est à la fois drôle, pathétique et angoissante. Entre absurde et tragi-comique, le rythme et l’humour donnent à plein, que ce soit lors des tentatives de suicide de Manfred, des discussions qui dérapent ou des délires identitaires des personnages.

De tons bleutés et froids, aux ocres et chaleureux, nappés de la musique douce de Jeppe Kaas, le réalisateur nous invite ainsi à nous interroger sur l’identité, la normalité, la vérité, la réalité, la lourde charge de vivre auprès d’un proche dysfonctionnel, à l’aune de la violence en pays viking. Avant de joliment conclure sur la délivrance que peut entraîner l’accomplissement de ses rêves. Mais n’est-ce pas l’essence même de l’art ? Un régal pour les amateurs d’ambiance nordique.

The Last Viking, sortie dans les salles le 15 juillet 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Publié le 5 octobre 2026 [Cinémas]

Isabelle Huppert en figurante que personne ne remarque : le point de départ est déjà savoureux. Avec Ni vue, ni connue, Marc Fitoussi réunit sa complice de Copacabana et Sandrine Kiberlain dans une comédie piquante sur les coulisses du cinéma et le désir de trouver sa place.

1940. Pétainiste convaincu, Henri Marre arrive à Vichy, décidé à se faire une place dans le régime naissant. De déconvenues en promotions, il prendra une part active à ses crimes. Présenté à Cannes cette année, le grand film tant attendu sur la Collaboration.

Fidèle à ses obsessions stylistiques, le cinéaste danois Nicolas Winding Refn signe une œuvre futuriste, à mi-chemin entre la science-fiction, l'épouvante et l'érotisme. Une œuvre aussi fascinante que polarisante.

Publié le 14 septembre 2026 [Cinémas]

Pour son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache abandonne la comédie légère qui a fait sa renommée pour un drame implacable sur l’emprise conjugale. Portée par une Monia Chokri habitée, cette œuvre bouleversante frappe par sa justesse et sa portée féministe.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !