Toucher le feu au musée Guimet : la céramique réinventée

Sculpture jaune en forme de furoshiki noué autour d'un cube - Tanaka Yu (détail) © RMN-Grand Palais (MNAAG, Paris) / Thierry Ollivier

Le Musée des arts asiatiques, fondé en 1889 par Émile Guimet, dont le nom reste accolé à l’institution, ne se contente pas de ses magnifiques collections historiques mais témoigne aussi des évolutions récentes de ces arts. L’exposition Toucher le feu le démontre en présentant de nouvelles acquisitions de céramiques japonaises contemporaines qui ont la particularité d’avoir été créées par des femmes.

Le feu sacré

Au Japon, les femmes ont longtemps eu l’interdiction de pratiquer l’art de la céramique, exclusivement réservé aux hommes. Ce n’est que par les profondes mutations sociales au milieu du XXe siècle qu’elles ont eu le droit d’apprendre à « toucher le feu », expression qui renvoie à un processus de fabrication dans lequel une cuisson à très haute température permet de donner naissance à ces objets réalisés à partir de matières rocheuses et terreuses.

Si la nonne bouddhiste Otagaki Rengetsu a fait office de pionnière au cœur du XIXe siècle en inscrivant ses poèmes sur de nombreuses pièces de céramique, ce n’est donc qu’un siècle plus tard, avec l’émergence de plusieurs générations, que les femmes ont renouvelé cette pratique ancestrale.

L’art délicat de la céramique

Les artistes japonaises s’attachent à redéfinir le rapport à la matière, préférant d’abord la rudesse du grès avant de revenir davantage à la douceur de la porcelaine, tout comme à son esthétique, en privilégiant progressivement des aspects plus sculpturaux qu’usuels. Elles s’inscrivent dans des influences de diverses traditions qui sont mêlées à une conception plus moderne et minimaliste, et font preuve d’une grande créativité et maîtrise technique concernant les formes, les textures et les couleurs, leur permettant d’accéder à une forte reconnaissance.

Les végétaux et les minéraux inspirent ces œuvres originales et poétiques, que ce soit par une interprétation mélancolique des cristaux que livre Ogawa Machiko, un hommage de la part de Futamura Yoshimi à la mémoire des arbres, la reproduction par Katsumata Chieko d’un potiron dont l’intérieur semble aspirer la lumière ou encore lorsque Tokumaru Kyoko constitue un étrange et délicat assemblage de fleurs en porcelaine. D’autres cherchent à imiter la souplesse du drapé du textile à l’instar de Fujino Sachiko ou de Tanaka Yu qui élabore une étonnante sculpture en trompe-l’œil avec un drap jaune en grès enveloppant un cube. Ces objets singuliers sont ainsi autant d’exemples que ces artistes ont réussi à toucher le feu mais aussi la grâce.

Exposition Toucher le feu à découvrir au musée Guimet du 1er juin au 3 octobre 2022

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