[critique] Le Jeu des ombres : Le théâtre au chevet du monde
La langue exubérante de Novarina dialogue avec les thèmes musicaux de Monteverdi ; Jean Bellorini et ses acteurs pneumatiques revisitent le mythe d’Orphée : un vibrant hommage au théâtre.
Pourquoi Novarina ?
Jean Bellorini : Il est un des plus grands auteurs vivants. Je l’ai rencontré en 2002, à l’occasion d’un spectacle créé alors que j’étais étudiant chez Claude Mathieu. Il nous avait invités à le présenter lors d’un festival au Lavoir Moderne Parisien qui réunissait tous les grands Novariniens. Quand le Festival d’Avignon m’a proposé de créer un spectacle dans la Cour d’honneur pour l’édition de 2020, sa langue m’a semblé comme une nécessité pour y célébrer les noces du théâtre et de la musique. J’ai proposé à Valère d’écrire son Orfeo ; je savais que je voulais marier ce texte avec la musique de Monteverdi. Est arrivé le confinement, qui a tout bouleversé. Le spectacle, créé à l’automne suivant, a tourné en France et revient aujourd’hui aux Bouffes du Nord, dans cet écrin extraordinaire qui est comme une évidence pour lui.
Pourquoi une évidence ?
J. B. : Parce que ce spectacle est un hommage au théâtre et à tous nos fantômes et que les Bouffes du Nord est un théâtre peuplé de fantômes irradiants. Valère a donné aux personnages les noms de ses acteurs morts : en jouant son texte, on a l’impression de leur redonner vie. Le mythe d’Orphée raconte la perte et la difficulté à se faire entendre de l’autre. Pourquoi Orphée se retourne-t-il ? Par manque de confiance en lui ou en la vie ? Cette confiance est requise au théâtre, où « il ne faut pas comprendre, il faut perdre conscience », comme disait Claudel. Dans son vertige et sa polyphonie, la langue de Novarina nous réchauffe le cœur. Cette parole panse le monde ; elle remplit le vide de l’incompréhension métaphysique qui marque notre nature et à laquelle le théâtre tente de répondre. On se demande toujours pourquoi l’acteur vient sur scène. Entre ce qu’il dit et l’autre auquel il s’adresse, il y a un abîme que la folie langagière de Novarina vient combler. Ce spectacle résonnait puissamment pendant l’anomie du confinement ; il résonne plus que jamais dans notre monde explosé dont on se sait plus recoller les morceaux.
Propos recueillis par Catherine Robert
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