[critique] L'Affaire Corneille Molière : La corneille boit l'eau de la fontaine Molière !
À la Comédie Bastille, Julien Alluguette met en scène l’amusante et savante enquête menée par Marc Tourneboeuf sur la plus illustre des œuvres théâtrales du génie français. Plaisante soirée !
Pierre Louÿs lança l’idée au début du XXe siècle, dans un article du Temps : Corneille aurait été le nègre de Molière ! Le chef de bande de l’Illustre Théâtre serait un usurpateur et un coucou, couvant sa gloire dans un nid d’emprunt, devant l’élégance de son ramage à la plume de son aîné. L’hypothèse a fait florès, alimentant commentaires et exégèses, jusqu’à ce que la stylométrie de Jean-Baptiste Camps et Florian Cafiero règle le cold case depuis un lustre, rendant le sien au sieur Poquelin. Reste que la thèse est rigolote et suffisamment débattue pour mériter examen !
Menteur ou Tartuffe ?
Marc Tourneboeuf imagine à partir d’elle une joyeuse instruction rondement menée, mêlant les époques et les personnages avec esprit et entrain. De 1672 jusqu’en 1968, en passant par les années 1920, on suit les aventures d’Alaïa, Arthur et Avrell, trois étudiants bien décidés à faire le ménage dans les attributions littéraires, pour enfin tirer au clair l’imbroglio théâtral. Il suffit que le grand Henry Marais, professeur à la Sorbonne, instille le doute dans leurs esprits pour que les potaches se transforment en barbouzes infiltrés dans le Grand Siècle, les librairies poussiéreuses, les appartements parisiens et même les couples d’universitaires !
On ne prête qu’aux riches !
Les comédiens, en alternance, s’emparent allègrement du texte adroitement mis en scène par Julien Alluguette. Soutenus en direct par la musique de Nathan Robain, qui accompagne habilement leur jeu et les rebondissements de l’intrigue, ils gambadent de siècles en rôles avec une belle assurance. Entre preuves et contre-arguments, pièces à conviction et témoignages, bibliophiles maniaques et savants hallucinés, ils suivent la trace du patron en lui rendant hommage, puisque, comme le disait Copeau, c’est à sa voix plutôt qu’à ses mots qu’on reconnaît Molière. S’il faut rendre l’illusion comique à Corneille, on peut attribuer la palme de la fantaisie drolatique à cette jeune troupe talentueuse !
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