[critique] La Jalousie : La voie royale du boulevard

© Marcel Hartmann

En cette année où La Michodière fête son centenaire, ce lieu emblématique du boulevard y donne un modèle du genre, avec une troupe talentueuse sous la houlette de Michel Fau, au service de Guitry.

Si les femmes ne s’étaient jamais toquées d’avoir de l’esprit, la vie aurait été beaucoup plus simple… Les hommes auraient pu les maintenir au foyer pour batifoler et faire de l’ornithologie avec les grues… Las ! Comment ne pas craindre, quand on les laisse sortir, que les épouses ne transforment le five o’clock en cinq à sept ? Voire, et tel est bien ce qui préoccupe Albert Blondel, en cinq à huit, puisque sa femme n’est toujours pas rentrée au logis à l’heure du dîner, alors que lui-même s’est offert un léger détour priapique avant de regagner ses pénates… La jalousie s’insinue alors dans l’esprit de Blondel : la mécanique du rire est lancée.

Misanthropie contre misogynie

Sacha Guitry se moque, dans cette pièce, des hommes et de leur mauvaise foi, de leur narcissisme imbécile et de leur fatuité détestable, bien davantage que de la rouerie des femmes. Michel Fau, en poutre traquant la paille, prouve, une fois encore, l’excellent comédien qu’il sait être. Son Blondel est insupportable d’égoïsme et d’hypocrisie. Il parvient à le rendre pitoyable dans son délire, comme un enfant jouant à la poupée avec sa femme et rêvant de ces hochets que la République accroche aux plastrons. Face à ce paon, dont le décor de son intérieur reprend le motif, se tient un autre crétin, Marcelin Lézignan, plumitif qui se prend pour un cygne, incarné avec bonheur par Alexis Moncorgé.

Paranoïa et Années folles

Le décor de Nicolas Delas et les costumes de David Belugou, les perruques de la Maison Messaï et le maquillage de Pascale Fau installent la pièce dans une ambiance rappelant les années 1920, époque de l’ouverture de La Michodière et de l’écriture de La Jalousie. Gwendoline Hamon et Geneviève Casile campent avec une aisance spirituelle la femme et la belle-mère du jaloux. Fabienne GalulaAlexis Driollet, Joseph Tronc et Léo Marchi complètent en clowns pétulants cette distribution harmonieuse. L’imbécile ombrageux finit coiffé mais décoré : comme toujours chez Guitry, la bêtise est à l’amende !

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