Les Femmes savantes au Rond-Point : Dépoussiérage farcesque

© Christophe Raynaud de Lage

Les Comédiens-Français s’installent au Théâtre du Rond-Point sous la houlette d’Emma Dante qui éclaire en plasticienne le duel entre bon bourgeois et bel esprit, prétention ridicule et sens commun.

Emma Dante affirme ne pas vouloir participer à la guerre des sexes qu’une lecture anachronique de Molière pourrait relancer. Les hommes et les femmes sont faits pour s’aimer. Point barre ! Avec le soutien d’Ariste, le meilleur d’entre tous, Henriette et Clitandre résistent à la jalousie dépitée d’Armande, à l’érotomanie de Bélise, au calcul de Trissotin, à la mégalomanie de Philaminte et à la lâcheté de Chrysale. Grotesques sont les femmes qui se piquent de science en regardant le doigt qui montre la Lune et en feuilletant des ouvrages d’où ne surgissent que des fleurs de rhétorique (poétique trouvaille de Vanessa Sannino) ; bouffons sont les hommes qui se laissent manipuler par leurs affects et la fureur des matrices.

Victoire du cœur sur l’esprit

La metteuse en scène répond à une commande de la Comédie-Française et monte pour la première fois un texte classique. Elle dépoussière Molière (au sens propre autant qu’au figuré !) non pas en philosophe (ridicule serait celle qui ferait la précieuse sur Les Femmes savantes !) mais en plasticienne et en chorégraphe. Elle dirige comme un match de catch le conflit entre les tenants du bon sens, du bon pot et de l’économie bourgeoise, et les thuriféraires de Vaugelas, admiratrices du sonnet d’un sot et des sornettes des doctes dont elles transforment les œuvres en éléments de décoration, comme on anoblit son salon avec une bibliothèque…

Rire à gogo des gogos

Les comédiens de la Maison de Molière sont excellents et offrent un bel hommage à leur patron ! La scénographie et les costumes de Vanessa Sannino (assistée de Ninon Le Chevalier et Marion Duvinage) sont somptueux. Les clins d’œil à la modernité archi-connectée sont plaisants. Même si la surabondance de commentaires scéniques, entre malles à mâles, aspirateurs et néons voyageurs, est parfois un peu lourde, l’ensemble compose une farce plaisante, inventive, truculente et survoltée, qui saisit l’œil sans se prendre la tête, comme quand on aime sans raisons, en explorant le Tendre sans sa carte…

Les Femmes savantes au Théâtre du Rond-Point jusqu'au 1er mars 2026

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