[cinéma] Blue Heron : Mémoires familiales

Potemkine Films

Premier long-métrage brillant de la cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari, Blue Heron sonde les souvenirs et les dérèglements d'une famille hongroise emménageant dans une nouvelle maison sur l'île de Vancouver. Entre ruptures et mutations, le film ravit par toutes ses nuances.

Dans les années 1990, une famille hongroise immigre sur l'île de Vancouver. En apparence sans histoire, elle se retrouve bientôt pétrie de troubles et de doutes : le fils aîné Jeremy (Edik Beddoes) développe un comportement erratique, et les jumeaux Henry (Liam Serg) et Felix (Preston Drabble) entament leur préadolescence. Particulièrement réceptive aux humeurs fluctuantes de sa fratrie, la benjamine Sasha (Eylul Guven), huit ans, grandit tant bien que mal : certaines dynamiques lui échappent encore, tandis que d'autres la touchent en profondeur… Blue Heron surprend par sa façon de planter le décor puis de cartographier le territoire. Toujours précise et juste.

Un film-essai

De bout en bout, la réalisatrice Sophy Romvari cultive une certaine équivoque. Le dispositif se garde de surexposer les repères spatiotemporels du récit. Ainsi, les espaces de l’île de Vancouver paraissent à la fois vaguement familiers et étrangers. Puis, il y a ces changements de perspectives qui donnent à voir les dynamiques familiales, trompeuses au premier abord. La caméra se met à la hauteur de chaque protagoniste, adulte comme enfant. Régulièrement, une séquence peut alterner entre des moments de grande tension et des instants plus anodins, voire innocents.

Et enfin, il y a ce fil tendu entre le documentaire et la fiction, auquel la réalisatrice ajoute une toile de fond semi-autobiographique. Toutes ces inclinaisons confèrent à l'ensemble un sentiment d'intimité et une hybridité propres à l'essai personnel. Il est ici question d'observer, par le biais de nuances et de réminiscences, les souffrances d'une famille (la maladie mentale d'un adolescent et son impact sur son entourage) à l'aune d'un système défaillant (des professionnels de santé démissionnaires, une aide sociale impuissante). Et ce, à travers des regards extérieurs, à commencer par celui d'une petite fille, témoin direct de la crise qui se joue au cœur de son foyer. En cela, les choix de mise en scène relèvent d'une remarquable intelligence émotionnelle. Ici, il ne s'agit pas tellement de déployer des artifices visant à manipuler le spectateur (et ses émotions), mais plutôt de tendre un miroir aux personnages, tout en pudeur et sincérité.

Blue Heron, sortie dans les salles le 24 juin 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Le chassé-croisé drôle, violent, absurde et émouvant de personnages en mal d’identité, autour d’un magot planqué qu’une brute veut récupérer. Entre traumatismes d’enfance liant frères et sœur, et violence empreinte du souvenir des Vikings.

Publié le 12 juillet 2026 [Cinémas]

Deux ans après Oppenheimer, Christopher Nolan revient en salles avec L'Odyssée, première incursion dans le péplum pour le cinéaste habitué aux labyrinthes temporels. Matt Damon y prête ses traits à Ulysse, roi d'Ithaque, pour un voyage de retour que tout le monde croit connaître.

Publié le 6 juillet 2026 [Cinémas]

Accidentellement responsable de la mort d'un jeune de son âge, Marouane, 17 ans, compose avec sa conscience... Chronique estivale adolescente et thriller psychologique se télescopent dans ce beau film aussi solaire que mélancolique.

Près d'un mois après sa réouverture au public, le cinéma Saint Germain des Prés a retrouvé sa place dans le paysage cinématographique de la rive gauche.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !