De la Comédie-Française : Se jouer des apparences
Derrière les rideaux de la salle Richelieu, la troupe du Français se révèle sous un autre jour. Une comédie au ton juste, compacte et parfaitement cadencée, qui rappelle combien les coulisses sont parfois aussi captivantes que la scène elle-même.
Révélé au grand public avec l’émission Broute, Bertrand Usclat retrouve son coauteur Martin Darondeau pour s'inviter dans le temple du théâtre français, guidés de l'intérieur par Pauline Clément, pensionnaire de la Maison depuis 2015. D'abord pensé comme un format court commandé par l'institution, le projet devient un long-métrage, écrit et tourné dans un temps record, et conserve quelque chose de cette fabrication sous tension. Dans le cœur battant du Français, Nina s’apprête à présenter sa première mise en scène, Macbeth, dans trois heures. Rien n’est prêt : les incidents s’accumulent, les comédiens paniquent, les décors menacent, les égos s’échauffent. Sous son apparente spontanéité, la mécanique comique – vaudevillesque – obéit pourtant à une précision d’horloger.
L’art du décalage
La plus belle idée du film est peut-être aussi la plus simple : faire jouer aux comédiens de la Maison d'autres versions d'eux-mêmes. Guillaume Gallienne en concierge psychorigide, Christian Hecq en régisseur débordé, Pauline Clément en jeune metteuse en scène au bord de la crise de nerfs… En intervertissant les rôles, le film crée un savoureux frottement comique entre la scène et son envers. Ce marivaudage ne sert pourtant pas qu'à faire rire : il fait tomber le masque de l’institution. La Comédie-Française cesse d'être ce monument patrimonial intimidant pour redevenir une ruche dans laquelle acteurs, costumières, régisseurs et maquilleuses cohabitent, s'aiment, se trahissent, s’inquiètent et composent avec leurs névroses, loin de l'image élitiste qu'on lui prête.
Écrit à partir de longs entretiens avec les membres de la troupe, le film touche au plus près de leur vécu et dit quelque chose de très juste sur ce que créer exige. Si les égos y sont moqués, c’est avec tendresse, car ils apparaissent comme l'outil fragile de ceux qui doivent monter sur scène, quand tout en eux voudrait reculer. Derrière la farce se dessine alors un hommage sincère au collectif : au milieu du chaos, c'est la troupe qui fait tenir. Avec assez d'irrévérence pour désacraliser le lieu, assez d'admiration pour en préserver la magie, De la Comédie-Française se révèle plus fin qu’il n’y paraît, tout en livrant une comédie populaire de pur plaisir.
De la Comédie-Française, sortie dans les salles le 22 juillet 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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