[cinéma] Emmanuelle : La nécessaire mise à jour d'un « mythe »
En se livrant à une nouvelle adaptation du roman d'Emmanuelle Arsan, l'autrice de L'Événement promet de contemporanéiser les représentations du film de 1974, en premier lieu celles du plaisir et du consentement féminins
Adapté d'un roman de Marayat Bibidh, dite Emmanuelle Arsan, le film de Just Jaeckin avait été, en 1974, un phénomène de société, rassemblant en France près de neuf millions de spectateurs. Le succès de cette première mouture cinématographique disait évidemment quelque chose du rapport au sexe de la société française des années 1970, et de la libéralisation des mœurs et des écrans, sur lesquels, depuis peu, quantité de productions érotiques ou pornographiques étaient autorisées à sortir.
Mais on l'aura peut-être oublié : au-delà du vent de fraîcheur que, sous certains aspects, il faisait souffler, et de la trace laissée dans la culture populaire (le thème musical de Pierre Bachelet, le fauteuil en rotin immortalisé par l'affiche...), le film était, à plus d'un égard, pour le moins problématique. Notamment dans le décorum exotique, flirtant avec l'imaginaire colonial, qui présidait au tableau qui était fait de la Thaïlande. Mais plus encore dans le traitement d'une scène de viol qui, aujourd'hui, donnerait plus que matière à discussion.
Autres temps, autres mœurs
On se doute qu'Audrey Diwan, autrice de L'Événement, adapté du roman d'Annie Ernaux et Lion d'or à Venise en 2021, optera pour une approche radicalement différente. Que, tout en se livrant, comme elle a pu d'ores et déjà l'annoncer en entretien, à une libre exploration du plaisir et du lâcher-prise de son héroïne, elle aura à cœur de mettre à jour, entre autres, la représentation du consentement féminin. D'autant plus qu'elle s'est adjoint les services, au scénario, de Rebecca Zlotowski (Les Enfants des autres...), elle aussi rompue, dans ses propres films, à rendre compte d'expériences intimes en renfort d'un propos politique. Et que le film sera porté par Noémie Merlant (Portrait de la jeune fille en feu), actrice surdouée et plus que confirmée, qui n'aura pas ici à subir le même sort que Sylvia Kristel, interprète du film de 1974. « Ce rôle dont je rêvais, tel un tremplin, m'a réduite pour toujours », déplorait ainsi celle-ci, regrettant d'y avoir été réduite à un corps, « tronquée, privée de ce tout qui constitue un être. » Nul doute qu'Audrey Diwan saura faire honneur à son personnage tout autant qu'à son interprète.
Emmanuelle, sortie le 25 septembre 2024 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Avis aux cinéphiles ! Comme chaque année, profitez dans les salles de cinéma d'un tarif très avantageux durant quatre jours au début de l'été.
Premier long-métrage brillant de la cinéaste canado-hongroise Sophy Romvari, Blue Heron sonde les souvenirs et les dérèglements d'une famille hongroise emménageant dans une nouvelle maison sur l'île de Vancouver. Entre ruptures et mutations, le film ravit par toutes ses nuances.
Un réel refabriqué, tendu entre naturalisme social et film de genre : avec Shana, Lila Pinell signe un premier long-métrage surprenant, qui donne le ton d'un nouveau cinéma. Eva Huault y dynamite le cadre, désarmante de sincérité et d'impertinence.
Depuis plusieurs décennies, Steven Spielberg explore la science-fiction comme peu de cinéastes avant lui. Son nouveau film, porté par Emily Blunt et Josh O’Connor, mêle mystère, émotion et spectaculaire, autour d’une découverte capable de bouleverser l’humanité entière.





