[cinéma] Romería : Mes parents, ces inconnus

© Quim Vives - Elastica Films

Après Nos Soleils, Carla Simón revient avec un récit inspiré de sa propre expérience, celle d'une jeune femme sur la piste de la mémoire de ses parents, disparus très jeunes.

Beau, poétique et inspiré, ce nouveau bijou de la réalisatrice catalane l'inscrit définitivement au nombre des cinéastes à suivre de près.

Depuis Été 93 (2017), Carla Simón n'a de cesse de se raconter par le biais de la fiction. Et ses propositions de cinéma sont toujours passionnantes ; si elles plongent dans son intimité, elles parlent également de l'Espagne dans toutes ses aspérités. Romería s'inscrit dans cette démarche qui, sans être frontalement politique, creuse un sillon résolument engagé. Grands absents de ses précédents films, ses parents, décédés très jeunes du SIDA, hantent néanmoins sa filmographie. Ils apparaissent ici enfin, bien que sous une forme spectrale...

La première partie du film voit une jeune femme, Marina, alter ego de la cinéaste, visiter ces personnes qu'elle ne connaît pas : grands-parents, oncles, tantes, qui lui parlent de ses parents. Chaque nouvel interlocuteur lui raconte une histoire différente, dans une fuite de la vérité toujours plus vertigineuse, dates et lieux ne coïncidant pas avec les notes du journal intime de sa mère. La fugue estivale devient alors confuse, apportant plus de questions que de réponses. Au travers de l’imagination de Marina, toute une époque ressurgit : ses parents, et cette entière génération de jeunes espagnol·e·s qui connurent un appétit de liberté sans bornes. Le récit de cette femme, sa mère, qui découvre tout à la fois l'amour, la drogue, le monde, est confondant de sincérité et d'émotions.

Génération perdue

La mue de Romería, qui opère sous nos yeux, est la grande surprise de ce scénario qui de prime abord pouvait sembler attendu. Ce que montre Carla Simón, avec une délicatesse et une élégance rares, c'est la rencontre tardive entre une jeune adulte et ses parents, ces étrangers partis trop tôt, et qui à leur façon personnifient l'âme tourmentée de leur nation.

En une très belle et très touchante trilogie, l'autrice a réussi non seulement à se présenter comme artiste, mais elle a également su scanner ce moment charnière de l'histoire de l'Espagne, de la transformation de tout un pays à l'aune de la fin de la dictature. Si ce très beau film n'a pas triomphé au festival de Cannes, où il était présenté en compétition officielle en 2025, il devrait conquérir bien des cœurs tant le sien est grand et palpitant.

Romería, sortie dans les salles le 8 avril 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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