[cinéma] La Vénus électrique : L'art du mensonge selon Salvadori
Pierre Salvadori signe un scénario virtuose, enchâssant divers niveaux de récit pour construire une implacable mécanique comique et narrative.
Dans Planetarium (Rebecca Zlotowski, 2016), Pierre Salvadori jouait un cinéaste qui filmait l’histoire d’une fausse voyante faisant croire à un peintre qu’il pouvait communiquer à travers elle avec sa femme décédée. Mais bientôt, elle tombait amoureuse de lui. C’est précisément ce que raconte aujourd’hui La Vénus électrique…
Il faut dire que le metteur en scène ne pouvait pas passer à côté d’un tel sujet, puisqu’il concentre tous les thèmes qui fusionnent dans l’ensemble de ses films : le mensonge, c’est-à-dire la fiction dans son usage quotidien (Comme elle respire, avec une Marie Trintignant irrésistible en mythomane invétérée), la dépression comme moteur de comédie (Les Apprentis, Dans la cour), le couple qui se forme en dépit du fait que l’un des deux se trompe sur l’identité de l’autre (Cible émouvante, Hors de prix, En liberté !), le messager qui tombe amoureux du destinataire (Après vous, De vrais mensonges)…
Science de la fiction
Autour de ces quelques motifs, Pierre Salvadori signe ici un scénario virtuose, enchâssant divers niveaux de récit pour construire une implacable mécanique comique et narrative. Le film pourrait aisément tourner au pur mélodrame, mais les leviers du mensonge et du quiproquo permettent de le faire pencher sans cesse du côté de la comédie. Sans négliger pour autant une authentique part d’émotion.
Pio Marmaï, fidèle au poste pour la quatrième fois d’affilée, est ici associé à de nouveaux entrants dans l’univers du cinéaste (Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons). Le mélange prend et l’électricité circule dans ce ballet amoureux dans lequel l’auteur porte son art à une sorte de point d’accomplissement. La présentation en ouverture du festival de Cannes de La Vénus électrique peut d’ailleurs s’apparenter à une forme de reconnaissance amplement méritée pour Pierre Salvadori. En effet, il n’était venu jusqu’ici qu’une seule fois sur la Croisette, en 2018 à la Quinzaine des cinéastes, pour En liberté !, alors qu’il est depuis plus de 30 ans l’une des signatures les plus fiables, raffinées et attachantes de la comédie française.
La Vénus électrique, sortie dans les salles le 12 mai 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Marie-Lou dirige un EHPAD privé et tente d’y instaurer la méthode de soins « Humanitude ». Elle se lie avec Mari : c’est le début d’une brève mais intense amitié. Un film délicat sur la relation à l’autre, admirablement porté par ses interprètes.
Danzuka Yuiga impressionne par la maturité de ce tout premier film qui raconte le Japon de 2025 avec une force saisissante. En moins de deux heures, il réussit à surprendre le spectateur par la puissance de ses images et par une audace qui en font, déjà, un auteur à suivre.
Depuis Dernier train pour Busan, film de zombies aussi hystérique que jubilatoire, Yeon Sang-ho est réputé pour la vélocité de sa mise en scène. Contre toute attente, il signe, avec The Ugly, un thriller intimiste d’une étonnante sobriété, subtil, perturbant, et éminemment politique.
Du 22 juillet au 16 août 2026, le festival de cinéma en plein air de La Villette revient pour une 35e édition placée sous le thème « L'Appel de la forêt ».





