[cinéma] La Corde au cou : Le retour de Gus Van Sant
Après sept années loin du grand écran, Gus Van Sant revient avec un thriller historique, inspiré d'une vraie prise d'otages.
Servi par une mise en scène soignée et des acteurs talentueux, La Corde au cou surprend par sa pertinence et sa modernité.
C'est l’histoire, réelle, d’un homme désespéré et en colère. En 1977, Tony Kiritsis (Bill Skarsgård) se rend au siège d'une compagnie d'assurances, dans la ville d'Indianapolis. Ruiné à cause d'un emprunt, il prévoit de kidnapper son courtier, M.L. Hall (Al Pacino). Mais ce dernier étant parti en vacances, Tony s'en prend à son fils, Richard Hall (Dacre Montgomery), réclamant des excuses publiques ainsi qu'un dédommagement de cinq millions de dollars. Durant les 63 heures qui vont suivre, l'Amérique va se passionner pour cette affaire.
Dès sa séquence d'ouverture, La Corde au cou séduit par son efficacité et son image rétro. On y entre comme on enfilerait des pantoufles.
Une œuvre contemporaine
Gus Van Sant soigne la forme de son film : de sa reconstitution fidèle des années 1970 jusqu'à sa bande-son accrocheuse, le réalisateur américain prouve qu'il n'a rien perdu de sa maîtrise. Quant au récit, il n'est pas sans rappeler celui d'Un après-midi de chien de Sidney Lumet (lui aussi inspiré de faits réels), dans lequel Al Pacino jouait, cette fois-là, l'un des preneurs d'otage.
Outre cet amusant renversement des rôles, La Corde au cou étonne par la modernité de son propos. La trajectoire de Tony Kiritsis apparaît comme symptomatique de son époque (le choc pétrolier d'octobre 1973, puis la récession de 1973-1975). Mais sa quête de justice sociale, aussi extrême et maladroite soit-elle dans son exécution, évoque également des figures plus contemporaines d'une Amérique souffrante (pour n'en citer qu'une, celle de Luigi Mangione, accusé d'avoir abattu le directeur d'une compagnie d'assurances, en décembre 2024).
Criminel ou victime du système ? Fort de cette lecture à la fois trouble et pertinente, Gus Van Sant interroge les responsabilités de chacun : celle de la société capitaliste, celle de la police, celle des médias, mais aussi celle des citoyens, spectateurs curieux du drame humain qui se joue sous leurs yeux. Sur la scène de ce « théâtre social », Bill Skarsgård excelle en homme agité. Face à lui, Dacre Montgomery surprend dans un rôle particulièrement nuancé. Et mention spéciale à Colman Domingo, interprétant un animateur radio dont la voix charismatique devient la narratrice de ce thriller haletant.
La Corde au cou, sortie dans les salles le 15 avril 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Vingt ans après Ne le dis à personne, Guillaume Canet revient au thriller avec Karma. Marion Cotillard et Denis Ménochet portent ce récit sombre sur l’emprise, dont la tension tient autant aux soupçons qui entourent une femme en fuite, qu’à l’autorité de ceux qui l’accueillent.
Neuf ans après Faute d'amour, Prix du jury à Cannes en 2017, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev est de retour avec une relecture libre et contemporaine de La Femme infidèle de Claude Chabrol. Un coup de maître récompensé par le Grand Prix lors de la 79ᵉ édition du festival.
Isabelle Huppert en figurante que personne ne remarque : le point de départ est déjà savoureux. Avec Ni vue, ni connue, Marc Fitoussi réunit sa complice de Copacabana et Sandrine Kiberlain dans une comédie piquante sur les coulisses du cinéma et le désir de trouver sa place.
1940. Pétainiste convaincu, Henri Marre arrive à Vichy, décidé à se faire une place dans le régime naissant. De déconvenues en promotions, il prendra une part active à ses crimes. Présenté à Cannes cette année, le grand film tant attendu sur la Collaboration.





