[critique] Valeur sentimentale : La méthode douce
Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, dont il est reparti auréolé du Grand Prix, Valeur sentimentale s’affiche au départ explicitement comme un hommage au cinéma de Bergman.
Gustav, un célèbre cinéaste, n’a plus tourné depuis quinze ans. Depuis des années également il n’a plus revu ses deux filles, Agnes et Nora, dont il s’est très peu occupé avec s’être séparé de leur mère. L’âge le pressant, il entend faire son retour sur les deux fronts. Il débarque ainsi inopinément dans la vie de ses filles, et propose à Nora, qui est comédienne, de tenir le premier rôle dans son nouveau film, qu’il a écrit et s’apprête à tourner.
Présenté en compétition au dernier festival de Cannes, dont il est reparti auréolé du Grand Prix, Valeur sentimentale s’affiche au départ explicitement comme un hommage au cinéma de Bergman, puis devient chemin faisant une mise à jour et une éclatante revalorisation de ce genre quelque peu tombé en désuétude qu’est le mélo.
Aux commandes, on retrouve le Norvégien Joachim Trier, qui s’était fait connaître avec le mélancolique Oslo, 31 août. Comme dans ce dernier film, il se singularise en faisant le choix d’aborder par la douceur des situations qui pourraient logiquement avoir plutôt l’hystérie pour horizon.
À bonne distance
Le film s’ouvre sur un prologue ludique et assez brillant, résumant les antécédents de la famille en les racontant du point de vue de la maison où les choses se sont passées. Ainsi est posée d’emblée la stratégie du film : introduire toujours une distance entre les personnages et leur douleur, ou leur violence, en faisant intervenir un élément tiers. La maison joue ce rôle. Le temps joue ce rôle, en incitant à une certaine relativisation. Et enfin, le personnage d’Elle Fanning joue également ce rôle : celui d’une sorte de médiatrice tombée du ciel, blonde et bienveillante comme un ange.
Travaillant sur la distance, Trier s’attache à trouver lui aussi sa juste place : suffisamment en retrait pour percevoir la drôlerie et le pathétique des forces nevrotiques en présence, mais suffisamment proche de ses personnages pour capter le détail de leur chagrin, de leurs empêchements et de leurs efforts pour en sortir. Ainsi, le film masse avec lenteur et tendresse les nœuds de trauma et de rancœurs qui tendent les rapports au sein de son triangle familial. Et une émotion sincère naît du relâchement que cela produit.
Valeur sentimentale, sortie dans les salles le 20 août 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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