[cinéma] Father Mother Sister Brother : Histoires de famille
Près de six ans après l’accueil mitigé reçu par The Dead Don't Die, Jim Jarmusch revient avec un long-métrage en forme de triptyque doux-amer sur les dynamiques familiales. Le charme opère : le réalisateur propose une mise en scène élégante, et le casting excelle.
Depuis son premier film, Permanent Vacation (1980), Jim Jarmusch n'a cessé de tracer, avec grâce et humilité, une ligne claire dans le paysage du cinéma indépendant américain. Succédant à l'inégal The Dead Don't Die (2019), son quatorzième long-métrage se présente sous la forme d'un film à sketchs. Lequel annonce un projet modeste : à travers trois récits indépendants, donner à voir la complexité des liens familiaux. Et ce, avec tout ce qu'ils impliquent de non-dits (le segment « Father »), d'incommunicabilité (« Mother ») et de tendresse (« Sister Brother »). Pour chaque histoire, le dispositif consiste à délimiter un espace (le plus souvent, l'intérieur d'un appartement) et un temps précis (quelques heures tout au plus).
Le film fait montre par ailleurs d'une sobriété inattendue ; Jim Jarmusch délaisse le découpage classique tout en modérant son goût pour le montage « contemplatif ». Plus concise qu'à l'accoutumée, sa mise en scène distille un charme ténu et progressif. Le tout tient presque de la nonchalance, tantôt naturelle, tantôt subtilement construite. C'est avec des idées simples (filmer des situations inconfortables, par exemple), voire banales (une visite, un goûter, ou encore un déménagement) et une écriture tout en finesse que le réalisateur conçoit des tableaux aussi délicats que discrètement raffinés.
Variations et prolongements
Si Father Mother Sister Brother charme par ses variations, le long-métrage a aussi quelque chose de réconfortant. Les aficionados de Jim Jarmusch se réjouiront de retrouver quelques lieux communs de son langage cinématographique. À commencer par cet art du dialogue si caractéristique, ponctué de silences et d'ironie. Mais aussi des figures typiquement jarmuschiennes ; des êtres poétiques, existant en marge de la société normée. Parmi elles, on retrouve le dandy reclus, ou encore les déracinés, les étrangers. Pour incarner ces personnages si particuliers, Jarmusch peut compter sur un casting royal : s'il rameute quelques-uns de ses acteurs fétiches tels Tom Waits et Adam Driver, il ouvre son cinéma à de prestigieuses actrices (Charlotte Rampling, Cate Blanchett, Vicky Krieps) ainsi qu'à de nouvelles têtes prometteuses (Indya Moore et Luka Sabbat).
Father Mother Sister Brother, sortie dans les salles le 7 janvier 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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