[cinéma] Magellan : À l'abordage !

© Nour Films

Navigateur au XVIe siècle, Ferdinand de Magellan décide de reprendre la mer, laissant sa femme Beatriz au port, pour un voyage qu'il sait devoir durer très longtemps.

Lav Diaz, réalisateur philippin de 66 ans, réalise son plus beau film à ce jour, portrait sans concession d'un des plus grands navigateurs de notre histoire. Pendant 2h40, nous suivons à la fois son voyage sur l'océan, mais aussi les contradictions d'un homme complexe et sans pitié.

Magellan épouse le parcours du grand navigateur sur les vingt dernières années de sa vie, au début du XVIe siècle. Coutumier du noir et blanc, Lav Diaz choisit cette fois de tourner en couleur, avec Gael Garcia Bernal en tête d'affiche, lui qui a toujours préféré les acteurs non professionnels. Le format est aussi plus court qu’à l’accoutumée, avec le portugais comme langue principale, et quelques dialogues en espagnols et en dialecte philippin.

Dès les premiers instants, le film impressionne par la splendeur de ses plans, la beauté plastique n'ayant pourtant jamais été la qualité première des films de Lav Diaz. Il compose son histoire comme une succession de tableaux, de la rencontre de Ferdinand et sa femme Beatriz en Espagne, à la découverte de terres d'Orient où le massacre lié à la colonisation est déjà préfiguré. Si la narration est linéaire, on retrouve la conception du temps propre à cet étrange cinéaste, faite d'errements et de plans fixes, où une fois le cadre installé, le temps défile pour laisser se dérouler une vie foisonnante.

Lav Diaz, un auteur majeur 

Le réalisateur développe de nombreuses thématiques : la trivialité des prémices de l'aventure, la cruauté des voyages spartiates où l'on exécute à tour de bras le moindre opposant, et, bien sûr, le traitement violent et criminel des populations autochtones. Le portrait du navigateur est sans appel : paranoïaque, meurtrier, veule, la liste de ses défauts et péchés est sans fin.

Lav Diaz réussit au-delà de toute attente un film éminemment politique, une charge anticolonialiste qui résonne longtemps après l'avoir vu. S'il utilise pour cela un langage cinématographique sublime dans son expression, c'est pour mieux rappeler son attachement à la liberté et à l'auto-détermination des peuples. Le film, en creux, porte ce message et cette charge émotionnelle énorme, nous parlant de la colonisation européenne passée, mais aussi de la renaissance actuelle des sentiments impérialistes, comme un brûlant rappel passant par des images désarmantes de beauté.

Magellan, sortie dans les salles le 31 décembre 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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