[critique] Bel-Ami au Lucernaire : Valse des égoïsmes

© Alain Mauron

Charmante et virevoltante adaptation de Bel-Ami au Lucernaire : Claudie Russo-Pelosi et la compagnie Les Joues Rouges confirment leur talent dramaturgique et scénique. Très joli spectacle !

Modeste employé et ancien sous-officier des hussards, Georges Duroy a une moustache irrésistible et une ambition irrépressible. Mais son chic de « beau soldat tombé dans le civil » ne remplit pas ses poches. La rencontre avec Charles Forestier, ancien camarade de régiment et rédacteur à La Vie Française, et les deux louis qu’il lui offre pour s’acheter un habit, lui permettent de commencer sa course folle vers les sommets, de trahison en trahison. Dans le Paris des illusions à perdre et des fortunes à bâtir, le séduisant gandin se sert des lits des femmes comme tremplin et du mariage comme marchepied.

Impeccable adaptation

Compromissions entre l’argent, le pouvoir politique et la presse, essor du capitalisme industriel, médiocrité des plumitifs, des bobardiers et des pisse-copies, vulgarité des affairistes : le tableau de la fin des années 1880 est saisissant. L’actualité, qui barbotte dans les eaux glacées du calcul égoïste, n’a rien à lui envier en matière de cynisme ! « Chacun pour soi. La victoire est aux audacieux. », cingle Maupassant, dont Claudie Russo-Pelosi a adapté le roman avec un talent remarquable. En concentrant l’intrigue autour de ses figures principales, elle dessine de très jolis personnages de femmes, auxquelles les comédiennes de la troupe offrent présence intense et irradiant éclat.

Épatante incarnation

Aurélien Raynal (en alternance avec Valérian Geay) est un Bel-Ami séduisant et odieux à souhait. Adrien Grassard et Aymeric Haumont (ou Thomas Lefrançois) se partagent les rôles des paons, des pigeons et des coqs de cette basse-cour d’épouvante. Ils sont tous excellents. Sara Belviso, Clémence Roche, Hanna Rosenblum, Sophie Condette (en alternance avec Coline Girard-Carillo, Emma Laurent, Messaline Paillet et Julie Bordas) campent les victimes de ce pervers narcissique typique, que la saine morale méprise sous le nom de parvenu mais dont notre temps, qui se moque de la loyauté et de la vertu, loue la fulgurante ascension et l’influence insolente. Le théâtre est miroir des vanités !

Bel-Ami au Théâtre du Lucernaire : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

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