[critique] Katte, la tragédie de l'amant du Prince de Prusse : Qui j'ose aimer
Frédéric est fils du Roi-Sergent. Katte est officier prussien. Ils s’aiment. Tout l’interdit. Le roi sévit. La salle en pierre du théâtre de l’Épée de Bois accueille leur terrible et bouleversante histoire.
Avare, brutal, jaloux, détestant les philosophes et adorant la chasse et la guerre, Frédéric-Guillaume Ier fut un despote accompli. Avant que son fils éclaire la fonction et devienne Frédéric le Grand en son havre de Sanssouci, il connut la violence patriarcale, le fouet, l’humiliation, la rage de l’absolutisme puritain et l’assassinat, sous ses yeux, de son amant, Hans Hermann von Katte. Jean-Marie Besset compose un drame romantique sur les amours interdites, fidèle à la préface d’Hernani : « Que la poésie ait la même devise que la politique : tolérance et liberté ! »
Bataillon théâtral d’élite
Frédérique Lazarini dirige une troupe de remarquables comédiens qui s’emparent avec conviction et aisance de ces alexandrins modernes et inattendus. Philippe Girard campe un roi de Prusse parfaitement détestable, violent dans ses attachements comme dans sa haine : il parvient, avec son évident talent, à rendre le tyran épouvantablement inquiétant. Face à lui, Odile Cohen est une reine offensée et pourtant rebelle, magnifique de force et de fragilité. Marion Lahmer offre autant de fraîcheur que de ténacité à la Princesse Mine, conseillère au grand cœur, pendant que Stéphane Valensi, ministre au cœur sec, est effrayant en Iago du septentrion. Thomas Paulos apporte une belle humanité au prêtre chargé d’accompagner Katte vers la mort.
Amours illégitimes, violence légitime
Tom Mercier et Nemo Schiffman incarnent les amants maudits avec brio. Ils composent des personnages subtils, vaillants et tendres, déchirés et déchirants, déterminés et désespérés, dessinant deux belles figures romantiques vaincues par la barbarie imbécile de l’homophobie. L’élégante harmonie de la troupe est soutenue par le travail d’Emmanuel Courau et Laurence Cucchiarini aux costumes, le son de François Peyrony, les lumières de Didier Brun et la scénographie suggestive de Régis de Martrin-Donos. Frédérique Lazarini et les siens redisent avec force et émotion que l’on peut mourir pour ce qu’on est : notre époque a besoin de cette alarme.
Katte, la tragédie de l'amant du Prince de Prusse au Théâtre de l'Épée de Bois : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles
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