[théâtre] La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob… : Celle qui voulait réconcilier les peuples
Jean-Philippe Daguerre exhume l’histoire de Danielle Cravenne, une femme qui voulait opposer un idéal de paix à la violence du monde, aux injustices et à la corruption.
Le 18 octobre 1973, alors que la guerre du Kippour fait rage, Danielle Cravenne détourne un vol Paris-Nice pour empêcher la sortie des Aventures de Rabbi Jacob. En escale à Marignane, le temps de libérer les passagers, elle est abattue sur ordre du ministre de l’Intérieur, Raymond Marcellin. Le film sort le jour même et connaît un triomphe immédiat. Son crime ? Avoir cru qu’elle pourrait réconcilier les Juifs et les Arabes. L’affaire fut étouffée par l’État français.
On ne rigole pas avec la religion…
La pièce, sans temps mort, restitue avec précision les origines de cet acte insensé. L’épouse de Georges Cravenne, célèbre publiciste (qui a notamment créé les César et les Molière), ni marginale ni fantasque, certes exubérante, souffrait avant tout de toutes les injustices. Lorsque, dans un contexte encore marqué par la prise d’otages des athlètes israéliens à Munich en 1972, elle apprend que son mari assure la promo de Rabbi Jacob, quelque chose se fissure. Le scénario de cette comédie de Gérard Oury la révolte : un antisémite qui se fait passer pour un rabbin hassidique pour échapper à des militants révolutionnaires arabes. Selon elle, c’est aussi absurde que dangereux. Alors qu’elle n’a pas vu le film, qui entend désamorcer les clichés, elle embarque à Orly pour détourner un avion et faire entendre ses revendications.
Un théâtre de la nuance
Il serait tentant de résumer l’affaire comme un acte de pure folie. Son geste charrie, certes des souffrances personnelles mais aussi la perception d’une situation politique explosive. La mise en scène épouse cette complexité avec une grande finesse et s’accompagne d’un dispositif imaginé par Narcisse : neuf écrans sur roulettes permettent de figurer les différents décors.
Charlotte Matzneff et Bernard Malaka donnent, quant à eux, une épaisseur humaine au couple Cravenne, complices malgré les désaccords, tandis que Bruno Paviot, Elisa Habibi et Balthazar Gouzou composent une galerie de personnages de leur entourage sans jamais forcer le trait. Mention spéciale à Julien Cigana, remarquable dans le rôle d’un Louis de Funès pris malgré lui dans une histoire qui le dépasse. À l’heure où le conflit entre Israéliens et Palestiniens continue de raviver les fractures et d’enfermer les récits dans des camps irréconciliables, La Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob ne cherche ni à trancher ni à absoudre. Elle fait entendre le désir obstiné de penser la paix hors des camps.
La Femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob au Théâtre Montparnasse : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Pour sa dernière mise en scène à La Colline, Wajdi Mouawad recrée Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, écrite à 19 ans. Un retour aux origines d’un théâtre de la révolte et de la parole.
Pour rire, pleurer, s’effrayer, espérer : allons au théâtre ! Une pièce, disait Hugo, « c'est une voix qui parle, c'est un esprit qui éclaire, c'est une conscience qui avertit ». Que la lumière soit en 2026 !
Pour la réouverture de la grande salle du Théâtre Nanterre-Amandiers, Joël Pommerat présente sa dernière création : un conte inquiétant sur les affres de l’adolescence, hypnotique et bluffant.
Sous le chapiteau installé Porte de Passy, la famille Gruss présente une nouvelle création mêlant héritage équestre, musique live et numéros aériens. Un spectacle qui célèbre la transmission tout en réinventant la tradition circassienne.





