[théâtre] En thérapie : Histoire de la violence

© Théâtre Antoine

Francis Huster revient au Théâtre Antoine dans le rôle d'un psychanalyste expert en violence : celle qu'il a infligée et celle que ses patients ont subie ou commise. Miroir de l'époque…

François Pérache s'est inspiré de la série télévisée BeTipul, créée il y a vingt ans par Hagai Levi, Nir Bergman et Ori Sivan, et qui a connu diverses adaptations fort populaires, dont, en français, En thérapie, par Éric Toledano et Olivier Nakache. Ce succès a le mérite de défendre la psychanalyse contre ceux qui, de plus en plus, la dénigrent en lui préférant behaviorisme et méthylphénidate. Charles Templon met en scène le texte de François Pérache, qui reprend la structure des aventures du thérapeute et de ses analysants en choisissant trois figures parmi ceux-là : un policier assassin, une traductrice victime de guerre et une novice en passe de prononcer ses vœux.

Théâtre du trauma

Le premier se débat entre l'image obsédante du manifestant qu'il a tué et le souvenir de son frère mort dans l'enfance ; la deuxième joue à cache-cache avec le fantôme de sa mère violée sous ses yeux ; la troisième parle avec Dieu, dont on sait bien, depuis Lacan, qu'il est inconscient ! La violence est omniprésente, dans les discours et les comportements, ce qui offre aux comédiens d'animer la scène avec fougue, de faire valser le divan et de claquer la porte du cabinet. La violence est également chez le psychanalyste, en instance de divorce : les cordonniers sont toujours les plus mal chaussés et les thérapeutes les moins bien soignés…

Triste topique

Francis Huster, Yann Gaël, Tess Lauvergne et Raphaëlle Rousseau sont engagés et crédibles dans leurs rôles, et la mise en scène de Charles Templon est fluide. Les comédiens sont à la hauteur du désespoir de notre époque où l'agressivité est omniprésente et la cure par la parole rendue difficile par l'ampleur des maux qu'elle est supposée soulager. Quelques clins d'œil amusés et amusants (dont les séances en visioconférence qui permettent à la religieuse de mieux pénétrer les voix du Seigneur) allègent un spectacle grave, à l'image de la modalité mortifère de la jouissance dans laquelle notre modernité se complait.

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