Wajdi Mouawad fait ses adieux à La Colline avec sa toute première pièce

© Tuong-Vi Nguyen (photo de répétition)

Pour sa dernière mise en scène à La Colline, Wajdi Mouawad recrée Willy Protagoras enfermé dans les toilettes, écrite à 19 ans. Un retour aux origines d’un théâtre de la révolte et de la parole.

Après dix années à la direction du Théâtre de la Colline, Wajdi Mouawad a choisi de partir un an avant l’échéance. Un départ anticipé, motivé par l’envie de retrouver le temps de l’écriture et de la création, et par la charge mentale liée aux responsabilités budgétaires et politiques qui pèsent aujourd’hui sur les directeurs de scènes nationales. Le choix de cette pièce de jeunesse n’a rien d’anodin dans ce climat de tensions.

La famille comme un champ de bataille

Dans le plus bel appartement de la résidence, deux familles cohabitent tant bien que mal. Pour protester, Willy s’enferme dans les toilettes et refuse d’en sortir. Autour de la porte close, chacun, voisins compris, s’impatiente, s’inquiète, se fâche. On discute, on menace, on cherche une solution. Rien n’y fait. En bloquant l’accès aux toilettes, Willy trouve certes un refuge, mais il met tout le monde en difficulté. « Un type s’enferme dans les chiottes et fait chier tout le monde », résume l’auteur.

Ce point de départ trivial prend une tout autre dimension lorsqu’on replace la pièce dans son contexte. Écrite en 1989, alors que la guerre civile libanaise est toujours en cours, elle transpose le conflit à l’échelle domestique. L’immeuble devient un territoire disputé, l’appartement un espace sous tension permanente. Si le comique affleure, il est constamment rattrapé par une inquiétude sourde. Le rire n’apaise rien, il accentue la violence des rapports.

Un théâtre contre le repli

Cette violence traverse la langue, vive et heurtée, qui cogne et cherche une issue. Dix-neuf comédiens occupent le plateau, dont Micha Lescot dans le rôle de Willy. En confiant ce personnage d’adolescent à un acteur quinquagénaire, Wajdi Mouawad ne joue pas la carte du réalisme. Il fait entendre une colère qui n’a pas d’âge. La recréation intègre également un « chœur de déménageurs », soit des amateurs invités à intervenir au plateau, sans lien avec l’histoire. Cette irruption du réel dans la fiction rappelle que ce théâtre ne se replie pas sur lui-même.

« Il y a quelque chose de joyeux à finir avec Willy », confie Wajdi Mouawad. Recréer cette pièce de jeunesse, c’est refermer un chapitre institutionnel en retrouvant une énergie première : celle d’un théâtre de la contestation, du mouvement, et d’une parole qui refuse de se taire.

Willy Protagoras enfermé dans les toilettes au Théâtre national de La Colline : réservez vos places avec L'Officiel des spectacles

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