J’espère que nos enfants iront mieux que nous : Pouponnière en folie à la Pépinière
Rudy Milstein continue de croquer ses contemporains avec une précision et une causticité très efficaces. L’enfant paraît à la Pépinière : angoisses, fantasmes et déboires sont au rendez-vous !
Marie attendait son enfant comme le messie. Alléluia ! Elle est enceinte ! Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, elle accouche en même temps que sa meilleure amie, Anne, qui pond comme elle respire mais se serait volontiers passée de son troisième bébé, qu’elle trouve d’ailleurs très moche. Deux destins différents sont évidemment promis aux rejetons de ces deux couples antagonistes, formés par Ariane Mourier et Nicolas Lumbreras pour l’un, Anne Marivin et Erwan Téréné pour l’autre : tous sont épatants de justesse, d’inventivité et de créativité comique.
Changelin et névrose d’échec
Marie aurait pu parier sur la puissance de l’acquis, mais elle fait l’erreur de croire à celle de l’inné. Un test génétique révolutionnaire lui révèle que son chérubin sera aussi raté qu’elle l’espérait parfait, alors que le gosse d’Anne a l’air d’être voué à un avenir radieux : elle remplace l’un par l’autre ! Étienne Chatiliez, il y a 40 ans, réussissait une excellente satire sociale sur ce thème : la vie n’est pas un long fleuve plus tranquille lorsque c’est la mère qui joue la sorcière et échange les nourrissons. Rudy Milstein, en fin psychologue, ajoute une nouvelle variation au motif, passant les travers de ses contemporains à la moulinette de son humour acéré.
De Charybde en Scylla
Maeva Pinto Lopes et Antoine Sibelle (en alternance avec Anmitaï Levy) complètent l’excellente distribution où Rudy Milstein retrouve, dans les rôles des pères, deux comédiens de son précédent succès, C'est pas facile d'être heureux quand on va mal, couronné aux Molières 2024. Les excellentissimes Ariane Mourier et Anne Marivin campent avec un très solide talent ces femmes férocement mères, et Rudy Milstein, dont la mise en scène est aussi efficace que le texte, montre avec éclat combien la compétition et l’inflation narcissique ont gangréné nos esprits. « L’éducation a à chercher sa voie entre le Scylla du laisser-faire et le Charybde du refuser », écrivait Freud : plaisant spectacle que cette navigation entre les monstres !
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