[théâtre] Le Mariage de Figaro : Beaumarchais n'a pas pris une ride

© Jean-Louis Fernandez

Au Théâtre de la Porte Saint-Martin, Alain Françon réunit une vingtaine d’artistes autour de Vincent Dedienne pour une réjouissante Folle Journée. Une comédie de troupe qui fait entendre, sans forcer le trait, toute l’insolence de Beaumarchais.

Il aura fallu six ans pour que Le Mariage de Figaro, écrit en 1778, puisse enfin être joué devant le public en 1784. Louis XVI avait bien compris ce que cette comédie avait de subversif. Un valet qui ose tenir tête à son maître, des femmes qui refusent de se soumettre, une noblesse tournée en ridicule… Deux siècles et demi plus tard, Alain Françon n'a pas besoin de forcer le trait pour en faire entendre la modernité.

Une folle journée, vraiment !

Figaro s'apprête à épouser Suzanne. Mais le comte Almaviva, son maître, entend bien séduire la future mariée, quitte à abuser de ses privilèges. Avec la complicité de la comtesse, lassée des infidélités de son époux, les futurs mariés multiplient les stratagèmes pour déjouer ses projets. Déguisements, cachettes, rendez-vous secrets et quiproquos s'enchaînent dans un joyeux désordre où chacun tente de prendre l'autre à son propre jeu. Alain Françon dirige ce ballet amoureux avec une élégance toute classique, sans jamais sacrifier la portée politique du texte à l'efficacité comique. Les décors de Jacques Gabel, qui font évoluer les espaces entre intérieurs épurés et jardins luxuriants, composent un univers aussi stylisé qu’intemporel, auquel les costumes de Pétronille Salomé, jouant avec les époques et les conventions, apportent une fantaisie supplémentaire.

Un spectacle choral

On ne boude pas son plaisir de voir une vingtaine d’artistes réunis sur scène ! D’autant plus que chaque personnage contribue à une mécanique collective remarquablement réglée. Vincent Dedienne excelle en Figaro, valet rusé dont il restitue la vivacité, l’ironie et l’aplomb. Micha Lescot campe un Almaviva pétri d’arrogance, Alix Poisson une comtesse qui ne se laisse pas abattre, et Noémie Lvovsky une Marceline savoureuse. Chérubin (Axel Auriant en alternance avec Nemo Schiffman), jeune amoureux aussi maladroit qu’effronté, ajoute sa part de désordre à ce jeu de dupes. Mais la belle découverte reste Ana Blagojević, formidable Suzanne, vive, déterminée, jamais dupe des manœuvres masculines. La réussite du spectacle tient aussi à cette place donnée aux femmes, solidaires et ingénieuses, qui déjouent les plans des hommes et renversent les rapports de force. Une Folle Journée généreuse, où le rire n’étouffe jamais la révolte.

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