La Ménagerie de verre [critique] : un drame en clair-obscur

© Jan Versweyveld

À l’Odéon - Théâtre de l’Europe, le metteur en scène belge Ivo van Hove livre une version ancrée dans le réel de La Ménagerie de verre, la pièce mythique de Tennessee Williams. Isabelle Huppert est littéralement habitée par son personnage.


Un intérieur marron, affreux, terne et froid, semblable à un terrier. De la moquette partout, jusque sur les murs sur lesquels se dessinent de curieux visages. Celui d’un père absent, d’un mari qui a déserté. À bien des égards, ce décor représente la prison dans laquelle sont enfermés les personnages de La Ménagerie de verre, classique du théâtre contemporain, signé Tennessee Williams

Pour Tom, qui veut fuir son présent et rêve - ou cauchemarde - de suivre les traces de son père. Il travaille dans une usine pour subvenir aux besoins de sa famille, passe ses soirées au cinéma pour « vivre des aventures » et ses nuits à écrire. Laura, sa sœur, est enfermée dans son monde. Timide maladive presqu’autistique, elle ne vit que pour sa ménagerie de petits animaux de verre. Amanda, la mère, est prisonnière de son passé. Une habitante du Sud, belle, qui a été élevée dans la tradition catholique. Entourée de domestiques et de soupirants, elle rumine ses jeunes années dans le vieux Sud. Elle rêve de caser sa fille et somme son fils de lui présenter quelqu’un. Elle est cette mère tyrannique, manipulatrice, étouffante et aimante à la fois. 

Un casting 5 étoiles

Ce personnage aux mille facettes sied comme un gant de soie à Isabelle Huppert. L’étoile du cinéma français, drapée dans une robe fleurie en mousseline, livre une prestation sur le fil, incarnant cette femme toujours à deux doigts de basculer dans la folie. Pour transposer cette œuvre mythique, Ivo van Hove a réuni une distribution étoilée. Antoine Reinartz, récompensé d’un César pour son rôle dans 120 battements par minute, s’empare du rôle touchant et lumineux de Tom Wingfield. Justine Bachelet est aussi fragile que bouleversante. Quant à Cyril Guei, il incarne un magnifique Jim O’Connor, le galant de Laura déjà promis à une autre personne. Un choix osé pour le metteur en scène, quand on sait que le dramaturge parle d’une région où le mariage interracial était interdit. Qu’importe, Cyril Guei et Justine Bachelet composent un duo sensible. Si sensible que le public applaudit instantanément à l’issue de leur scène. Cette relecture humaine, subtile et aiguisée constitue un bel et vibrant hommage à la pièce de Tennessee Williams.

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