[cinéma] Les Rayons et les Ombres : Quand l'ambition efface toute conscience
À travers les parcours du journaliste Jean Luchaire, de sa fille actrice Corinne et de leur ami Otto Abetz, Xavier Giannoli poursuit son analyse des fragilités de l’âme en mal de se faire sa place. Une fresque humaine et historique ample et édifiante.
Paris, 1946. Alors que son père Jean, ex-journaliste pacifiste de gauche, vient d’être fusillé pour fait de collaboration, Corinne Luchaire, comédienne renommée de l’entre-deux-guerres, expose les circonstances qui les amenèrent à verser « du mauvais côté », auprès de leur ami Otto Abetz, ambassadeur allemand à Paris. Au fil de ses souvenirs brouillés par la tuberculose, elle décrit la ténuité de la frontière qui les vit passer, à leur insu, de l’envie de bien faire à la trahison. Sur fond de sang, de débauche et de guerre, d’ascension en chute, cette fresque humaine cherche non à justifier l’innommable, mais à en éclairer les causes.
« Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. » (Victor Hugo)
« À qui tu dois rendre des comptes, pour tout ça ? » demande Jean Luchaire à son ami Otto Abetz. « À ma conscience », lui rétorque ce dernier. Parmi les nombreuses répliques qui font mouche, celle-ci est cruciale. Comment se jauger, si possible, honnêtement ? Surtout quand l’Histoire nous malmène ? À ce titre, le réalisateur nous offre un spectacle à la fois passionnant et distancié puisque raconté par Corinne Luchaire. Et si la durée du film peut impressionner, le jeu tout en sobriété de Jean Dujardin, en nuances d’August Diehl, et en fragilité de Nastya Golubeva (dans un rôle cependant moins dense à défendre) assurent le rythme. Tout comme la multiplicité des récits : l’amitié entre Abetz et Luchaire, la relation entre Jean et sa fille Corinne, leurs parcours individuels…
« Ça explique tout, les dates, même si ça n’explique rien » ironise Jean Luchaire devant son équipe de rédaction. Curieusement, c’est peut-être ce que l’on pourra regretter. Dans son souci de nous permettre un jugement raisonnable à travers les événements extérieurs, faute d’une approche plus intime de leur psychologie, on n’en ressort pas plus instruit sur ce qui les fit renier leur capacité de discernement. Heureusement, la scène finale du procès, avec un Philippe Torreton magistral, remet chaque argument à sa place. Et puis, comme le dit le réalisateur russe Léonide Moguy à Corinne Luchaire dont il lança la carrière : « Heureusement, il reste le cinéma ». Ce film le démontre.
Les Rayons et les Ombres, sortie dans les salles le 18 mars 2026 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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