[critique] Killers of the Flower Moon : La totale Scorsese
Au début des années 1920 dans l’Oklahoma, la tribu Osage devient richissime suite à la découverte de pétrole sur ses terres. Cette richesse suscite la convoitise des blancs, qui intriguent pour les spolier de leurs biens, et finissent par recourir au meurtre.
Killers of the Flower Moon est un film événementiel à plus d’un titre. Outre le fait qu’il a marqué le retour de Martin Scorsese à Cannes, plus de 35 ans après After Hours, le film a la grande spécificité de réunir pour la première fois les deux acteurs fétiches qui ont marqué de leur empreinte les deux grandes périodes de la filmographie du cinéaste : Robert de Niro et Leonardo di Caprio. La confrontation entre les deux stars, comme on pouvait s’en douter, ne se place pas sous le signe du buddy movie mais plutôt sous celui d’un rapport de forces trouble et toxique. Et, face à un de Niro ambigu et vénéneux, di Caprio trouve ici l’un de ses meilleurs rôles, celui d’un homme faible et amoureux qui laisse les événements le transformer en salaud.
Les Racines du mal
Si ce nouveau film prend une place particulière dans l’œuvre de Scorsese, c’est aussi parce qu’il ouvre un angle essentiel dans le grand tableau de l’histoire américaine que, des Affranchis à The Irishman en passant par Le Loup de Wall Street, il n’a cessé de composer. En effet, si ce grand catholique torturé a déjà maintes fois montré l’histoire de son pays comme celle d’un peuple ayant abandonné la foi pour faire de l’argent son unique religion, cette fois il se confronte au péché originel de l’Amérique : la spoliation et le meurtre des Amérindiens, perpétré avec une cupidité aveugle, tenant pratiquement de la ferveur mystique. Ici, sur l’autel du profit, toutes les valeurs sont sacrifiées : le mariage, le lien familial, la solidarité et la justice sont bafoués et réduits au statut de macabres mascarades.
Ce film d’une noirceur sans concession, conçu comme un monument funéraire élevé au peuple Osage, est aussi un monument de cinéma, où Scorsese vient se placer à la frontière entre ces deux grands genres américains que sont le western (auquel il n’a jamais touché) et le film de gangsters (dont il est l’un des maîtres).
Killers of the Flower Moon, sortie le 18 octobre 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Récompensant depuis 2018 un film réalisé par une femme et de production majoritaire française, le Prix Alice Guy sera remis fin février à l'issue d'un choix effectué par un jury paritaire.
Tête de proue du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt revisite le film de braquage. Elle subvertit les codes du genre et en éconduit les clichés, optant pour un autre geste, celui du dépouillement. Une réussite.
Après l'imposture littéraire d'Un homme idéal et la paranoïa de Boîte noire, Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour prolonger cette « trilogie du contrôle ». Avec Gourou, il s'attaque à une fiction plus insaisissable encore : celle du soi, promue, vendue et ingérée par une société obsédée par le bien-être.
La 31e édition des prix Lumières a eu lieu le 18 janvier 2026 à l'Institut du monde arabe. Si L'Étranger de François Ozon a remporté le prix Lumières du Meilleur film, le palmarès est relativement équilibré entre les différents favoris.





