[critique] Le Colibri : À la fuite du bonheur
Un homme bien sous tous rapports est confronté à son passé traumatique et à son grand amour de jeunesse. Un beau mélodrame bourgeois qui oscille avec goût entre l'émotion brute et l'intellect.
Grand succès populaire en Italie, Le Colibri arrive dans nos salles au cœur de l'été. Le nouveau film de Francesca Archibugi adapte le best-seller éponyme de Sandro Veronesi, récipiendaire du Prix Strega (l'équivalent transalpin du Prix Goncourt). Marco Carrera est un homme d'apparences : docteur reconnu, mari aimant, père comblé... Mais son existence aisée et son confort bourgeois cachent, et de plus en plus mal, un amour et une douleur d'enfance, mêlés tous deux dans l'eau salée des vacances à la mer : son amour fou et jamais consommé pour Luisa et la mort par suicide de sa sœur aînée. Quand le thérapeute de sa femme lui annonce qu'il sait la vérité (qu'il revoit Luisa), la petite maquette de vie parfaite va s'effondrer.
Le récit fragmenté d'un amour empêché
Le Colibri est un film « à l'italienne » : de prime abord exubérant et volontiers cabotin mais qui recèle en son sein une profondeur et une pertinence qui dépassent le simple mélodrame. L'amour entre Marco et Luisa, par exemple, se rapproche bien plus du respect mutuel de l'amour médiéval que de la puissance sensuelle, comme dans une très belle scène, à Paris, où les deux amants rivalisent de petites attentions pour se plaire sans se toucher. Marco, bien que joué par Pierfrancesco Favino, sommet de charisme habituellement, est effacé, discret : une véritable mise en crise du mâle italien typique en somme.
Le film, très cérébral, calque son rythme sur le mouvement de l'oiseau qui lui donne son titre. Comme le colibri, qui peut faire du surplace à toute vitesse, le montage, qui entrelace passé et présent donne à voir la vie de Marco comme un puzzle de mots et de pensées, déconnectées les unes des autres et qui pourtant, donnent à la vie toute sa cohérence. Et dans ce kaléidoscope, c'est l'histoire de l'Italie et du cinéma italien qui est convoquée : outre Favino, on retrouve Laura Morante, actrice fétiche de Nanni Moretti, et Moretti lui-même, thérapeute en quête de sens à la lucidité émouvante. Bérénice Bejo apporte elle de la subtilité au rôle ambivalent de Luisa, icône intouchable mais femme parmi les femmes. Grande fresque d'une intimité perdue et retrouvée, Le Colibri est une vie éparpillée dont on se plaît à recoller les morceaux.
Le Colibri, sortie le 2 août 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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