[critique] Le Garçon et le Héron : Le chef d’œuvre énigmatique et poétique de Miyazaki

© 2023 Studio Ghibli

Près de 10 ans après Le vent se lève, le maître incontesté de l'animation japonaise, Hayao Miyazaki, revient avec un nouveau (et ultime ?) projet. Conte épique, fable foisonnante aux multiples strates, ou encore récit intime sur le deuil : Le Garçon et le héron est tout à la fois et bien plus encore.

Chaque nouveau projet du mythique studio Ghibli constitue toujours un événement en soi. L'attente est d'autant plus grande lorsque Hayao Miyazaki en personne se retrouve aux commandes. Pourtant, il est difficile de mettre des mots sur ce nouveau projet, tant le mystère qui l'entoure participe à sa richesse. Sorti dans le plus grand secret au Japon, Le Garçon et le héron suit un jeune garçon de 11 ans, Mahito, qui après la mort de sa mère, Himi, quitte Tokyo pour s'installer à la campagne. Dans un vieux manoir à proximité d'une forêt mystérieuse, Mahito est reçu par Natsuko, sa tante et désormais belle-mère. En perte de repères, Mahito fait alors la rencontre d'un héron cendré qui prétend pouvoir le guider jusqu'à sa mère...

Toute autre précision narrative ne saurait rendre compte de la complexité, parfois déroutante, de l’œuvre. Ce qui est indéniable en revanche, c'est l’éblouissante beauté formelle qui émane de chaque plan. À 82 ans, Hayao Miyazaki démontre, une nouvelle fois, une maestria unique doublée d'une vision d'auteur qui n'a rien perdu de sa poésie.

Un patchwork de motifs miyazakiens

Ce qu’il y a de plus beau dans Le Garçon et le Héron se tient dans sa capacité à imaginer un monde tantôt inédit, tantôt inspiré par les précédents univers de son auteur. Le résultat hybride évoque par endroits l'épopée cruelle d'un Princesse Mononoké, à d'autres moments la magie intimiste d'un Mon voisin Totoro, et ici et là, le sentimentalisme de son dernier film, Le vent se lève.

Bien que l’œuvre s'adresse à un public averti (et coutumier), ses thématiques relèvent, quant à elles, d'un caractère bien universel : hanté par l'absence d'une mère, le jeune héros va découvrir un monde caché qui se trouve lui-même au crépuscule de sa vie. Faut-il alors le sauver ou le laisser mourir ? La réponse est loin d'être évidente, car il n'est jamais question d'une fuite dans l’imaginaire. Au contraire, le protagoniste devra réapprivoiser son passé et son présent, renouer avec la nature, mais aussi faire face à la perte de son innocence. Quant au spectateur, il lui faudra parfois lâcher prise pour mieux saisir le message bouleversant qui se cache derrière les arcanes miyazakiens.

Le Garçon et le héron, sortie le 1er novembre 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Mis à jour le 4 février 2026 [Cinémas]

Récompensant depuis 2018 un film réalisé par une femme et de production majoritaire française, le Prix Alice Guy sera remis fin février à l'issue d'un choix effectué par un jury paritaire.

Tête de proue du cinéma indépendant américain, Kelly Reichardt revisite le film de braquage. Elle subvertit les codes du genre et en éconduit les clichés, optant pour un autre geste, celui du dépouillement. Une réussite.

Après l'imposture littéraire d'Un homme idéal et la paranoïa de Boîte noire, Yann Gozlan retrouve Pierre Niney pour prolonger cette « trilogie du contrôle ». Avec Gourou, il s'attaque à une fiction plus insaisissable encore : celle du soi, promue, vendue et ingérée par une société obsédée par le bien-être.

La 31e édition des prix Lumières a eu lieu le 18 janvier 2026 à l'Institut du monde arabe. Si L'Étranger de François Ozon a remporté le prix Lumières du Meilleur film, le palmarès est relativement équilibré entre les différents favoris.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !