[critique] Le Village aux portes du paradis : Faire de son destin une destinée
Pour son premier long métrage, Mo Harawe brosse l’attachant portrait d’un enfant, de son père et de sa tante vivant ensemble dans un village du désert somalien, tout en posant un regard plein de douceur sur ce pays réputé violent, sans pour autant éluder la présence de la guerre qui rôde.
À Paradis, village somalien situé au fin fond du désert, quitté par sa femme, le velléitaire Marmagade vit de petits boulots et de divers trafics tout en tentant d’éduquer et de protéger son fils Cigaal. Bien que préoccupée par l’approche de son divorce, sa sœur Arawelo veille aux besoins de la famille et entretient avec opiniâtreté le rêve d’ouvrir un petit atelier de couture. Sur un sujet qui pouvait prêter au drame et au misérabilisme, le réalisateur autrichien trame un quasi conte rempli de douceur et de fantaisie. Mais aussi d’espoir en l’avenir avec le magnifique portrait d’une femme généreuse et persévérante.
Malgré la violence, surmonter la peur, vivre et réussir.
La Somalie se rappelle le plus souvent à nous à travers ses périodes de sécheresse ou d’inondation et, plus encore, la guerre opposant depuis des années son gouvernement au groupe armé Al Shabab avec, comme toujours en pareil cas, son lot d’exactions et de violations des droits humains. Il fallait donc un réel talent à Mo Harawe, né en Somalie et vivant en Autriche, et un amour profond envers son pays et les siens pour transmuter cette terrible réalité, sans néanmoins l’omettre, en un conte universel sur la volonté de s’en sortir, la responsabilité qu’impose le fait d’être parent et l’importance de l’amour familial.
Pari amplement réussi à travers ses trois personnages et leur itinéraire rempli d’humour et de poésie, baigné par une très jolie bande musicale, certes prégnante mais jamais envahissante, et de formidables idées de mise en scène comme cette séquence où, meurtrie par son divorce, Arawelo se regarde dans un miroir brisé. Outre qu’il rappelle judicieusement combien est essentielle la culture pour réussir sa vie d’être humain, le réalisateur fait de son héroïne une emblématique image de femme forte et résistante qui, malgré la misère ambiante, ses propres désillusions, sa condition sociale et son frère irresponsable, lutte pour s’accomplir et réaliser son rêve. Il en ressort une merveilleuse douceur que renforce le rythme posé de ce film bienfaisant.
Le Village aux portes du paradis, dans les salles le 9 avril 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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