[critique] Les Filles désir : « Il faut bien construire »
Pour leur premier long-métrage, Prïncia Car et Léna Mardi ouvrent une vitrine tendre, drôle et d’une revigorante justesse sur les jeunes « oubliés » des quartiers les moins favorisés de Marseille. Il en ressort une comédie bourrée d’énergie et édifiante.
Omar et Yasmine, 17 ans, s’aiment. Avec leurs amis Tahar, Ismaël et Momo, ils animent un centre pour enfants dans un quartier populaire de Marseille. Il y a bien quelques jalousies et tensions, mais la solidarité est de mise. Soudain, après sept ans d’absence, Carmen revient précédée d’une réputation de prostituée que, du reste, elle assume. Au nom de leur amitié d’enfance, bravant les réticences, Omar décide de l’aider à recommencer sa vie. Dès lors, la belle ambiance va se lézarder et chacun commencer à s’interroger, notamment sur sa sexualité, ses rêves, ses amours… Un film solaire scrutant avec acuité une jeunesse souvent oubliée de nos écrans et à la vitalité épatante.
Quand l’amour et la haine se tutoient et se provoquent
Tournée entièrement à Marseille durant 25 jours avec de jeunes non professionnels venus de l’atelier de théâtre de Cyrielle Voguet, Les Filles désir est une bulle de bonheur et de fraîcheur. Chaque séquence, souvent improvisée, enchante les yeux par ses couleurs, sa lumière, et ambiance nos oreilles comme nos neurones avec ses dialogues imagés teintés de cet accent phocéen laissant parfois tout juste deviner ce qu’il se dit… mais qu’importe ! À l’image de ses personnages, il convient avant tout de vibrer, ressentir, frémir.
Entre frustrations, attirance, séduction, exigence de respect… cette histoire d’un retour vécu par un clan comme vénéneux et s’achevant sur une double libération pose un regard à la fois tendre et aigu sur les fragilités tant individuelles que collectives. Les provocations et les défis ne servent finalement que de masques, à commencer chez les hommes. Ouvrant sur « Allez, allez, il faut chanter » pour clore sur « Ça pue l’amour », les musiques impulsent un dynamisme tonifiant. À ce sujet, les initiés reconnaîtront, dans le titre du film, celui de la chanson de Charline Mignot (alias Vendredi sur Mer), allusion à l’amour-haine et aux filles belles mais cruelles, telle, ici, Carmen. De fait, on se fâche, on se réconcilie, on se rapproche, on se sépare dans une Marseille et au bord d’une Méditerranée dévoilant des visages rarement vus, d’une beauté inattendue et rugueuse. À tous égards, une belle découverte sur une jeunesse authentique et enthousiasmante.
Les Filles désir, sortie le 16 juillet 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
1940. Pétainiste convaincu, Henri Marre arrive à Vichy, décidé à se faire une place dans le régime naissant. De déconvenues en promotions, il prendra une part active à ses crimes. Présenté à Cannes cette année, le grand film tant attendu sur la Collaboration.
Fidèle à ses obsessions stylistiques, le cinéaste danois Nicolas Winding Refn signe une œuvre futuriste, à mi-chemin entre la science-fiction, l'épouvante et l'érotisme. Une œuvre aussi fascinante que polarisante.
Pour son quatrième long-métrage, Géraldine Nakache abandonne la comédie légère qui a fait sa renommée pour un drame implacable sur l’emprise conjugale. Portée par une Monia Chokri habitée, cette œuvre bouleversante frappe par sa justesse et sa portée féministe.
Près de cinq ans après son premier long-métrage (Les Amours d'Anaïs), la réalisatrice Charline Bourgeois-Tacquet signe un drame subtil aux accents existentialistes. Le tout porté par une magistrale Léa Drucker.





