[critique] Memory : Deux fêlures traversées de lumière

© Metro Films

Avec Memory, le réalisateur mexicain Michel Franco trouve une forme d’équilibre entre noirceur et lumière.

Sylvia, mère célibataire et alcoolique abstinente, travaille dans un hôpital de jour et suit assidument les réunions des Alcooliques Anonymes. Depuis la naissance de sa fille, elle mène une vie stable et bien remplie. Mais un soir, alors qu’elle sort d’une fête des anciens élèves de son lycée, un homme la suit jusque devant chez elle… Cet évènement, qui la replonge dans de terribles souvenirs, va bouleverser son quotidien, mais aussi permettre une magnifique rencontre.

Michel Franco, auteur entre autres du très perturbant Despuès de Lucia (2012), de Chronic (prix du scénario au Festival de Cannes 2015) et de Nouvel Ordre (Grand Prix du jury à la Mostra de Venise 2020), a coutume de s’emparer de thèmes particulièrement difficiles et de plonger personnages et spectateurs dans des situations extraordinairement dérangeantes. Raison pour laquelle certains de ses films furent autant encensés que conspués. Avec Memory, il trouve (enfin ?) une forme d’équilibre entre noirceur et lumière.

Sylvia rencontre Saul, qui souffre de démence et oublie une grande part de ce qu’il fait au quotidien. La mère célibataire, aux prises avec un passé traumatique menaçant à tout moment de l’engloutir, trouve alors une écoute et un soutien inattendus chez cet homme sans mémoire. Sans rien éluder de l’horreur qu’à vécue Sylvia et de ses conséquences, le film nous tire vers le haut, vers la chaleur humaine et la possibilité d’une résilience grâce au regard attentif de l’autre.

Un sublime duo au service d’une histoire déchirante

Mis en scène avec sobriété et beaucoup d’élégance, Memory est aussi l’occasion de voir des interprètes au sommet de leur art. Dans ce rôle complexe de femme brisée, traumatisée, mais débordant de courage et de vitalité, Jessica Chastain déploie une palette d’émotions tout bonnement subjuguante, confirmant une fois de plus qu’elle est l’une des plus grandes actrices du cinéma américain contemporain. Peter Sarsgaard, quant à lui, est plus authentique et touchant que jamais dans ce personnage extrêmement fragile et plein d’humanité. Il convient de prévenir le public qu’il est question dans ce film de crimes sexuels commis à l’encontre d’une personne mineure. Mais c’est l’espoir, heureusement, qui domine pourtant ce beau film difficile et tendre.

Memory, sortie le 29 mai 2024 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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