[critique] Renoir : La fantaisie pour contrer le tragique

© Masahiro Miki

Pour son deuxième long métrage, la réalisatrice japonaise Chie Hayakawa décline les luttes intérieures et l’imaginaire d’une préadolescente confrontée au deuil annoncé de son père et au manque d’attention de sa mère. Un film d’une sensibilité extrême évitant tout pathos.

Tokyo, 1987. Âgée de 11 ans, fine observatrice de son entourage et dotée d’un caractère plutôt introverti, Fuki trouve refuge dans son imagination, ses dons supposés de « voyance » et l’amitié de Chihiro, nouvelle arrivée dans sa classe de CM2, pour tenir bon face à la mort annoncée de son père, en phase terminale de cancer, et au manque d’empathie de sa mère. Sur un sujet grave et complexe, un film d’une grande justesse sur le passage à l’adolescence, le manque de communicabilité, la culpabilité qu’engendre la mort d’un être cher sans oublier la force vitale et protectrice que procure l’innocence de la jeunesse.

« Pleure-t-on celui qui est mort ou sa propre peine ? ».

Telle est la question que Fuki pose à ses camarades de classe au détour d’une rédaction. De fait, item de psychanalyse, qui, enfant, n’a pas un jour ou l’autre rêvé d’être orphelin(e) ou de changer de parents ? Ne s’est pas interrogé sur la mort ou le moyen de la fuir dans un monde imaginaire ? … Pour l’avoir vécu au même âge que son héroïne Fuki, incarnée par l’épatante Yui Suzuki dont la fixité du regard et les moments de rire sont aussi fascinants qu’émouvants voire rafraîchissants, Chie Hayakawa nous plonge, avec une délicatesse insigne, dans l’univers ambivalent qu’est la préadolescence. Ce passage où l’on nous demande d’être responsable tout en nous considérant encore comme un(e) enfant, où l’on découvre que l’existence peut s’achever tragiquement sans qu’on n’en comprenne tous les rouages, où l’innocence et le jeu ne trouvent plus la même bienveillance auprès des parents. Celui aussi, renforcé aujourd’hui par les réseaux sociaux, où l’environnement recèle les pires dangers.

Comment gérer le sentiment de culpabilité ou de peur que l’on peut alors ressentir ? Surtout quand le dialogue est difficile ? La réalisatrice filme ces périodes douloureuses avec une telle authenticité que chacun(e) ne peut que s’y retrouver à une occasion ou à une autre. Si le film aurait gagné à être un peu plus court, tout, de sa mise en image à la musique de Rémi Boubal, concourt à nourrir la poésie de l’ensemble. Quant au titre, allusion au tableau La Petite Irène de Renoir, la clé est donnée à la fin.

Renoir de Chie Hayakawa, sortie dans les salles le 10 septembre 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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