Flee [critique] : un récit humaniste et multiprimé

© Final Cut for Real

Au micro de son ami Jonas, Amin, un jeune trentenaire afghan, se confie sur sa vie : une enfance, de prime abord heureuse, dans le Kaboul d’avant les talibans ; une préadolescence, entre fuite et clandestinité, qui le mènera de la Russie post-soviétique au Danemark, possible terre promise où retrouver enfin le goût du bonheur.

Auréolé de son Cristal (la Palme d’or du cinéma d’animation) au festival d’Annecy en 2021 et de trois nominations aux Oscars 2022 (catégories « film étranger », « documentaire » et « animation »), Flee arrive enfin sur les écrans français et impose une fois encore le documentaire animé comme une alternative adulte aux chatoiements disneyens. En effet, après les succès critiques de films comme Valse avec Bachir (2008) ou Jasmine (2013), le long métrage de Jonas Poher Rasmussen s’attache, à son tour, à décrire un état (de choc) du monde contemporain et à inscrire un parcours singulier, intime, dans une histoire collective faite de bruit et de fureur.

Ainsi, dans un premier temps, Amin revisite-t-il, par son témoignage, quelques pages insouciantes de son enfance kaboulie, avant d’évoquer l’arrivée au pouvoir de la mouvance radicale et les menaces qui pèsent sur sa famille, entre un père qui ne cache pas ses sympathies communistes et un fils (Amin lui-même) qui laisse entrevoir une identité sexuelle gay. Deuxième temps du témoignage, le film s’oriente alors vers le récit, émouvant et éprouvant, d’un exode migratoire de tous les dangers, où sauver sa vie devient, entre avidité des passeurs et corruption de la police, un trafic se négociant au prix fort.

Cultiver son jardin

Alternant images d’archives (pour la contextualisation) et animation au rendu photographique (pour décrire la réalité des faits) ou allusive à la manière d’un trait à l’encre de Chine ou d’un à-plat au fusain (pour évoquer peurs et terreurs), Flee – dont le titre français pourrait être En fuite – n’oublie cependant pas de signifier que chaque individu devrait pouvoir bénéficier du droit imprescriptible de « cultiver son jardin » dans le respect absolu de son intégrité physique et morale, autant dans son pays d’origine que dans un pays d’accueil choisi sur la seule volonté de son libre arbitre. Et c’est au détour d’une scène où Amin et son compagnon visitent une maison à vendre dans la campagne danoise, que le film, soucieux de l’existence enfin apaisée de son protagoniste, tient sa morale : pour vivre heureux, il est indispensable de ne pas avoir à vivre caché.

Flee - Sortie le 31 août 2022 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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