[critique] Le Misanthrope par Georges Lavaudant : La transparence et l’obstacle
Georges Lavaudant installe Le Misanthrope à l’Athénée, avec Éric Elmosnino dans le rôle-titre, entouré d’un aréopage talentueux. Quel cœur sous le masque ? Quelle vérité derrière l’apparence ?
L’homme, disait Pascal, n’est que déguisement, mensonge et hypocrisie : il est inutile d’avoir la prétention de le condamner pour ce qui a « une racine naturelle dans son cœur ». L’homme ne veut pas qu’on lui dise la vérité et évite de la dire aux autres : fait et non défaut. Il est vain de fustiger la vanité. Georges Lavaudant aborde Le Misanthrope en métaphysicien plutôt qu’en moraliste, non pas comme Rousseau méprisant les gloires d’emprunt de la mascarade sociale, mais comme celui qui sait que tant que la grâce ne l’emplit pas, « le cœur de l’homme est creux et plein d’ordure ».
Jeu de société
Dans le décor, fait de miroirs dépolis, et les beaux costumes de Jean-Pierre Vergier, les personnages virevoltent autour de la vérité, prisonniers de l’image qu’ils veulent donner et incapables de voir celle qu’ils renvoient. La transparence devient vanité dogmatique chez Alceste que ses principes rigides rendent imperméable au réel et incapable de comprendre que le respect des apparences est le garant de la paix sociale. Éric Elmosnino est ce narcissique qui se pique d’être intègre en critiquant la faiblesse d’un sonnet, et révèle la laideur morale qu’il dénonce chez ses contemporains en proposant à la douce Eliante d’être l’instrument de sa vengeance contre Célimène.
À chacun sa vérité
Mélodie Richard est une Célimène qui se moque de la vérité : sagesse de n’être pas philosophe ! Elle est amusement et insouciance. Astrid Bas, Luc-Antoine Diquéro, Anysia Mabe, François Marthouret, Aurélien Recoing, Thomas Trigeaud, Bernard Vergne et Mathurin Voltz complètent la distribution. Ils se coulent dans la forme de l’alexandrin, qui « éloigne de tout naturalisme et de toute psychologie », dit Georges Lavaudant. Le metteur en scène s’emploie à faire une « œuvre limpide et énigmatique », en se gardant d’être dupe des postures ou de se choisir un héraut parmi ceux-là qui ne sont que des humains, et dont le théâtre, territoire des paradoxes, peut montrer la complexité des perspectives.
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