[critique] Madame M., hommage à Jacqueline Maillan : Appelez-moi Mathilde !

© Julie Morteau

Mathilde Charbonneaux signe et interprète un délectable hommage à Jacqueline Maillan. Sous le clown, perce la femme ; sous le rire, l’émotion ; sous le masque du rôle, une sacrée comédienne.

Un peu comme la pythie, soudain possédée par le dieu, Mathilde Charbonneaux devient Jacqueline Maillan. Ce n’est pas la locataire de l’adyton delphique qui parle par sa voix, mais la reine du boulevard. La cérémonie en est un brin plus cocasse et franchement plus drôle ! Reste que l’on se prend au jeu et qu’on finit par y croire : voilà que la Maillan est de retour, pour fêter son centième printemps en compagnie du public. Elle se croit à la Michodière, où elle pense avoir encore deux mots à dire ; mais elle est au théâtre La Flèche. Elle discutaille donc avec Mathilde pour régler les conditions de sa résurrection : les divas restent des divas jusqu’au bout des plumes, même ad patres.

La comédienne et son double

Avec un téléphone, une perruque blonde et une de ces robes savamment ajustées que seules savent porter les rombières de province, Mathilde Charbonneaux met son indéniable bagout au service de son idole : puisque tout le monde lui dit que son jeu ressemble à celui du « de Funès en jupons », elle s’empare de sa vie. On découvre l’enfant timide, née à Paray-le-Monial, bourgade plus encline aux apparitions qu’au théâtre, montée à Paris chez René Simon, qui lui prédit un succès tardif et comique, la privant des rôles tragiques dont elle rêvait. On découvre aussi ses amours avec Michel Emer et la vie libre qu’elle tricota avec lui.

Le théâtre et son ombre

Le texte de Mathilde Charbonneaux est enlevé et pudique, jamais outrancier et toujours délicat. Si la comédienne fait revivre Maillan, elle ne la trahit ni ne la singe. La mise en scène est efficace et sans faux pas : le jeu slalome élégamment entre incarnation et distanciation. Maillan, certes, mais un peu plus que cela : les joies du cabaret et du boulevard comme le mépris de ceux qui peinent à comprendre que la comédie est plus difficile que le drame et qu’il faut de l’élégance pour traverser l’existence au bras du rire. Mathilde Charbonneaux imprime ce qu’il faut de mélancolie douce à son interprétation tout feu tout flammes.

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