[critique] La Petite Dernière : L'amour comme une profession de foi 

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Présenté en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, La Petite Dernière est la rencontre d'une première œuvre littéraire, celle de Fatima Daas, et de l'actrice réalisatrice Hafsia Herzi.

Découverte il y a presque 20 ans dans La Graine et le Mulet (Kechiche, 2007), déjà autrice de plusieurs longs-métrages, la cinéaste impressionne par la maturité de son regard. Elle adapte, cinq ans après sa publication, un roman qui, s'il est imparfait, fait résonner avec force la voix d'une jeune femme musulmane, pratiquante, qui découvre sa sexualité.

Pour que cette rencontre entre littérature et cinéma puisse opérer avec justesse, il faut également une actrice pour incarner le personnage titre, et en cela le film d'Hafsia Herzi est un ravissement. Nadia Melliti donne vie aux mots de Fatima Daas avec toute la sensibilité et le culot de celle qui n'a pas peur de regarder son sujet dans les yeux. Le bouillonnement du questionnement personnel de la jeune femme donne lieu à des pérégrinations qui repoussent les limites de son univers.

Si l'histoire commence par un traditionnel récit de lycéenne qui se cherche, très vite ces barrières sont élargies pour faire découvrir à Fatima l'ampleur d’un monde plus en accord avec ses voix intérieures. Aux scènes où elle retrouve son petit ami caché, qu'elle se force à voir pour « rentrer dans le rang de l'hétérosexualité », répondent d'autres séquences où une autre existence semble possible. Si les codes sont simples (l'utilisation des applications numériques pour faire des rencontres, les soirées dans des bars, les regards qu'on échange et les premières émotions), tout sonne juste dans la mise en place d'un nouveau paradigme de vie, qui va bientôt se heurter au dernier grand mur de la vie de Fatima : sa foi.

Hafsia Herzi, une voix émergente et importante

Nadia Melliti livre une prestation d'une grande sobriété et d'une force redoutable, surtout lorsqu’elle est confrontée à son premier grand amour, joué par la très juste Jimin Park, ce qui donne lieu à des dialogues d’une éloquence absolument magistrale. Une véritable virtuosité qui n’est pas sans évoquer, notamment, La Vie d'Adèle (2013). C'est un bonheur infini de voir Hafsia Herzi réussir, film après film, à exprimer une voix nouvelle au sein du cinéma français, qui tant par les thématiques qu'elle aborde que par la force de sa mise en scène, apporte un vent de fraîcheur qui se fraye un chemin jusque dans les plus grands festivals internationaux.

La Petite Dernière, sortie dans les salles le mercredi 22 octobre 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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