[critique] La Petite Dernière : L'amour comme une profession de foi 

© 2025 June films Katuh studio Arte France mk2films

Présenté en compétition officielle lors du dernier festival de Cannes, La Petite Dernière est la rencontre d'une première œuvre littéraire, celle de Fatima Daas, et de l'actrice réalisatrice Hafsia Herzi.

Découverte il y a presque 20 ans dans La Graine et le Mulet (Kechiche, 2007), déjà autrice de plusieurs longs-métrages, la cinéaste impressionne par la maturité de son regard. Elle adapte, cinq ans après sa publication, un roman qui, s'il est imparfait, fait résonner avec force la voix d'une jeune femme musulmane, pratiquante, qui découvre sa sexualité.

Pour que cette rencontre entre littérature et cinéma puisse opérer avec justesse, il faut également une actrice pour incarner le personnage titre, et en cela le film d'Hafsia Herzi est un ravissement. Nadia Melliti donne vie aux mots de Fatima Daas avec toute la sensibilité et le culot de celle qui n'a pas peur de regarder son sujet dans les yeux. Le bouillonnement du questionnement personnel de la jeune femme donne lieu à des pérégrinations qui repoussent les limites de son univers.

Si l'histoire commence par un traditionnel récit de lycéenne qui se cherche, très vite ces barrières sont élargies pour faire découvrir à Fatima l'ampleur d’un monde plus en accord avec ses voix intérieures. Aux scènes où elle retrouve son petit ami caché, qu'elle se force à voir pour « rentrer dans le rang de l'hétérosexualité », répondent d'autres séquences où une autre existence semble possible. Si les codes sont simples (l'utilisation des applications numériques pour faire des rencontres, les soirées dans des bars, les regards qu'on échange et les premières émotions), tout sonne juste dans la mise en place d'un nouveau paradigme de vie, qui va bientôt se heurter au dernier grand mur de la vie de Fatima : sa foi.

Hafsia Herzi, une voix émergente et importante

Nadia Melliti livre une prestation d'une grande sobriété et d'une force redoutable, surtout lorsqu’elle est confrontée à son premier grand amour, joué par la très juste Jimin Park, ce qui donne lieu à des dialogues d’une éloquence absolument magistrale. Une véritable virtuosité qui n’est pas sans évoquer, notamment, La Vie d'Adèle (2013). C'est un bonheur infini de voir Hafsia Herzi réussir, film après film, à exprimer une voix nouvelle au sein du cinéma français, qui tant par les thématiques qu'elle aborde que par la force de sa mise en scène, apporte un vent de fraîcheur qui se fraye un chemin jusque dans les plus grands festivals internationaux.

La Petite Dernière, sortie dans les salles le mercredi 22 octobre 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

Partager cet article sur :

Nos derniers articles

Publié le 2 novembre 2026 [Cinémas]

Quatre ans après Les Banshees d'Inisherin, le cinéaste britanno-irlandais Martin McDonagh continue d'explorer l'amitié masculine sur fond de complots, de coup d'État et de maladie grave. Le résultat ? Une œuvre tragi-comique aussi incisive qu'attendrissante.

À travers la quête éperdue d’une adolescente pour retrouver son père, Rudi Rosenberg signe une chronique sociale bouleversante. Porté par Hafsia Herzi et la révélation Nour Salam, Quelques mots d’amour explore avec une précision horlogère l’impact des secrets familiaux sur la construction de l’individu.

Publié le 19 octobre 2026 [Cinémas]

Vingt ans après Ne le dis à personne, Guillaume Canet revient au thriller avec Karma. Marion Cotillard et Denis Ménochet portent ce récit sombre sur l’emprise, dont la tension tient autant aux soupçons qui entourent une femme en fuite, qu’à l’autorité de ceux qui l’accueillent.

Neuf ans après Faute d'amour, Prix du jury à Cannes en 2017, le réalisateur russe Andreï Zviaguintsev est de retour avec une relecture libre et contemporaine de La Femme infidèle de Claude Chabrol. Un coup de maître récompensé par le Grand Prix lors de la 79ᵉ édition du festival.

La newsletter

Chaque mercredi, le meilleur des sorties culturelles à Paris avec L'Officiel des spectacles !