[critique] Les Linceuls : L'obsession d'un amour sépulcral

© Pyramide Distribution

Près de trois ans après Les Crimes du futur, le réalisateur canadien David Cronenberg signe un film cryptique et poétique sur le deuil. À la croisée des genres, Les Linceuls fascine autant qu'il déroute.

Le 19 juin 2017, Carolyn Cronenberg, cheffe opératrice, productrice et épouse de David Cronenberg, est emportée par la maladie. De cette disparition, le réalisateur a tiré la matière de son vingt-troisième long-métrage : inconsolable depuis le décès de son épouse, Karsh (Vincent Cassel, jouant le double du cinéaste) a mis au point des linceuls connectés permettant aux vivants de voir les corps de leurs proches défunts se décomposer dans leurs tombes. Aussi révolutionnaires que controversés, les suaires vont être la cible d'un acte de vandalisme, qui pourrait bien cacher un plus sombre dessein...

Chez David Cronenberg, la part intime ne réduit jamais le projet à l'ambition d'un récit purement autobiographique. Au lieu de cela, le cinéaste canadien s'acoquine - comme il sait si bien le faire - avec la transgression. D'une part, il se pose à la croisée des genres, allant du drame conjugal jusqu'au thriller psychologique, en passant par le film d'espionnage high-tech. D'autre part, il brouille les pistes (complotisme, crypto-fascisme, écoterrorisme...), laissant ainsi le champ libre à toutes les interprétations. Mais il convoque également les canons de son cinéma : le body horror, les figures entomologiques, l'onirisme... Il accouche ici d'un conte funèbre, dont la narration est ponctuée de longues conversations. Pour cryptique – ou même farfelu – qu'il soit, le résultat n'en reste pas moins une proposition singulière.

L'amour à l'épreuve de la mort

À n'en pas douter, Les Linceuls est le film-somme d'un réalisateur fasciné par les liens entre le corps et l'esprit. Tel un chirurgien équipé de son scalpel, il dissèque les chairs en mutation, espérant pouvoir sonder l'âme de ses personnages. Comme à son habitude, le réalisateur soigne la cohérence formelle de son œuvre. Des décors aux ambiances feutrées jusqu'à la composition atmosphérique de Howard Shore, l'écrin épouse un dispositif captivant (lesdits linceuls). La mise en scène, quant à elle, travaille subtilement la mise en abyme des motifs et des figures. Mais elle traduit aussi le geste d'un personnage/réalisateur guidé par un amour plus fort que la mort. La puissance du film tient autant à cet élan, à la fois romantique et hanté, qu'à sa capacité à faire communiquer la métaphysique et le tangible.

Les Linceuls, sortie dans les salles le 30 avril 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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