[critique] L'Histoire de Souleymane : Immersion dans le quotidien précaire des livreurs de repas
Le film de Boris Lojkine nous plonge dans l’intimité d’un jeune Guinéen sans papiers, mais aussi dans le quotidien précaire de nombreux livreurs de repas que les Parisiens croisent tous les jours.
Le réalisateur Boris Lojkine avait déjà marqué les esprits avec son premier long métrage humaniste, Hope (2014), qui suivait un couple d’Africains en route vers l’Europe. L’Histoire de Souleymane nous plonge cette fois-ci dans l’intimité d’un jeune Guinéen sans papiers, mais aussi dans le quotidien précaire de nombreux livreurs de repas que les Parisiens croisent tous les jours. Leur angoisse quotidienne, leur fatigue constante et leur éternelle vulnérabilité sont palpables dans le film grâce à la performance saisissante de l’acteur Abou Sangaré.
Dans les rues de Paris, Souleymane, un jeune sans-papiers guinéen, se bat pour survivre. Utilisant le compte d’un ami pour effectuer des livraisons de repas à vélo, il gagne à peine de quoi manger. Dans deux jours, il doit passer un entretien crucial pour obtenir l'asile, un moment déterminant qui pourrait changer sa vie.
Réflexion documentaire et fiction humaniste
À travers une mise en scène immersive et une attention portée aux détails documentaires, Boris Lojkine offre une incursion dans la triste réalité des livreurs à vélo, où la survie passe parfois par le mensonge. Pour incarner Souleymane, le metteur en scène choisit l’acteur non-professionnel Abou Sangaré, un jeune Guinéen repéré lors d'un casting sauvage, dont la présence magnétique et le jeu intense portent le film. Le scénario reprend d’ailleurs une partie de son parcours de vie, lui qui a dû quitter la Guinée pour sauver sa mère, décédée peu après son arrivée en France.
Construit comme un thriller social, le film opère des variations de rythme, alternant moments calmes et salvateurs — une rencontre avec un client âgé délaissé par sa famille, une serveuse offrant une douceur au protagoniste — avec des instants de stress aux allures de course contre la montre. Le tempo haletant rappelle en cela le film À plein temps, où Éric Gravel filmait le désarroi d’une femme de chambre (Laure Calamy) en pleine grève SNCF. Dans le film de Boris Lojkine, Souleymane tient bon au-delà de l’épuisement, pédalant sans relâche sous la pluie et la pollution, pour survivre et espérer un avenir meilleur, encore bien hypothétique. Dans une démarche fortement empathique, L’Histoire de Souleymane s’affiche comme une puissante réflexion documentaire transformée en une bouleversante fiction humaniste.
L'Histoire de Souleymane, sortie le 9 octobre 2024 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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