Mickey 17 de Bong Joon-ho : Mort à Crédit
Avec Mickey 17, Bong Joon-ho, le réalisateur de Parasite, se place à la croisée des genres : entre le cinéma de divertissement et la fable dystopique, son film interroge notre rapport au spectacle en formulant un monde où l'on gagne sa vie en la perdant.
Le cinéma américain a la fâcheuse tendance de ressusciter tout le monde au gré d'une volonté moins divine que commerciale. On ne compte plus les itérations de Spiderman ou de Batman, les torsions temporelles emberlificotées, les sauvetages au mépris de la gravité de Tom Cruise dans Mission : Impossible... Mais Bong Joon-ho, avec Mickey 17, semble avoir envie de faire de la mort un objet de dérision et de rire frondeur.
Pour son premier film post-Parasite, le maître coréen fait un saut dans le futur et s'attache aux basques de Mickey Barnes qui, prêt à tout pour s'extirper du marasme terrestre, signe pour devenir « Remplaçable » : un cobaye stellaire dont la mort sert de laboratoire aux scientifiques. À chaque trépas, il revient, régénéré, sur la table de dissection. Adapté d'un livre à succès, Mickey 17 promet d'être une grande comédie (portée par Robert Pattinson, jamais aussi bon que dans la clownerie vagabonde), mais également d'apparaître, comme toujours avec le cinéaste, comme un manifeste transgressif : quand on donne son corps à une corporation, ne donne-t-on pas son âme avant ses organes ? Si partir, c'est mourir un peu, mourir un peu, est-ce être condamné, chaque fois, à s'éloigner de sa condition d'homme libre ?
Mourir pour des idées
Bong Joon-ho est ici aux commandes de son troisième film de studio, après Snowpiercer, où un train apocalyptique séparait riches et pauvres, et Okja, qui par la fable traitait de la maltraitance animale. Le réalisateur coréen insuffle toujours à son grand spectacle un souffle au cœur politique, faisant du film de genre un vaisseau pour un commentaire acerbe sur notre société. La lutte des classes, l'exploitation des laissés-pour-compte, les catastrophes écologiques sont au centre de ses productions, et ses personnages, des humiliés, des perdants, à qui il redonne dignité même lorsqu'ils sont animés des sentiments les plus ambigus.
Mickey 17 a donc toutes les chances de s'offrir comme une continuation de l'œuvre transgressive, mais donc parfaitement humaniste, de Bong Joon-ho : chercher dans l'irrespirable de la vie la poche d'oxygène ; violenter son spectateur pour mieux le protéger ; l'éblouir pour l'illuminer. En somme, pour vivre d'autant plus fort.
Mickey 17, sortie dans les salles le 5 mars 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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