Retour à Séoul [critique] : Portrait d’une jeune femme inoubliable
Loin du film didactique sur l'adoption auquel on pourrait s'attendre, Retour à Séoul est avant tout un magistral et touchant portrait de femme.
Freddie, jeune française de 25 ans, arrive à Séoul. Ses parents l'y ont adoptée alors qu'elle était encore bébé. Elle ne connaît rien de la Corée, n'y a pas d'amis, ne parle pas la langue. Sans l'avoir vraiment prévu, Freddie se décide pourtant à se renseigner sur ses parents biologiques, démarche qui va raviver une douleur qui l'a toujours accompagnée, qu'elle tente perpétuellement de fuir et à quoi tout s'obstine à la ramener. Loin du film didactique sur l'adoption auquel on pourrait s'attendre, Retour à Séoul est avant tout un magistral et touchant portrait de femme.
La personnalité de Freddie, insaisissable, contradictoire, est le vrai sujet du long-métrage. Certes, la question de ses origines la rattrape sans cesse, la tourmente, et constitue comme le bruit de fond permanent de son existence. Mais ce serait faire fausse route que de considérer que ceci explique tout cela, que le comportement étrange, provocateur et chaotique de cette jeune femme serait tout entier réductible aux conséquences de son adoption. En réalité, le film nous emporte ailleurs, à la rencontre des infinies nuances et paradoxes d'un personnage que rien ne saurait résumer.
Davy Chou, excellent metteur en scène découvert avec le remarquable documentaire Le Sommeil d'or, filme avec subtilité son héroïne, adoptant une réalisation discrète et fluide pour mieux se concentrer sur les attitudes, les expressions, les gestes de son personnage.
La révélation Park Ji-Min : une actrice est née
Au-delà des évidentes qualités formelles de ce film, on est frappé, et ce dès les premières minutes, par la présence et le magnétisme de son interprète principale : Park Ji-Min. Artiste plasticienne n'ayant jamais fait de cinéma auparavant, la jeune femme s'impose à l'écran avec une cinégénie tout à fait exceptionnelle. Le temps d'un photogramme, ses traits délicats passent de l'espièglerie à la gravité, de la morgue à la détresse, de la séduction au désarroi.
Le récit, qui enjambe les années, nous permet de contempler les mille et une variations de ce beau et fascinant visage, d'une expressivité subjuguante. On est dérouté, agacé, ému, stupéfait face au parcours imprévisible de Freddie. Que cherche-t-elle ? Pourquoi se montre-t-elle si insolente, si méchante parfois ? Sera-t-elle jamais en paix ? Egalement porté par de très bons personnages secondaires, toujours croqués avec netteté et relief, Retour à Séoul est un vrai beau moment de cinéma, à découvrir séance tenante.
Retour à Séoul, sortie le 25 janvier 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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