Sans filtre de Ruben Östlund [critique] : La croisière s'amuse

Palme d'or au Festival de Cannes 2022, Sans filtre est une comédie jubilatoire dans laquelle le réalisateur prend un malin plaisir à faire rire le spectateur, mais aussi à se moquer du mode de vie qui est le nôtre.

Si Ruben Östlund est suédois, ses films ont tendance à être des projets internationaux polyglottes aux thématiques universelles. Avec son nouveau film, Sans filtre, il compose tout d’abord un casting surprenant où on retrouve pêle-mêle de jeunes acteurs aux profils prometteurs, dont Harris Dickinson aperçu dans Là où chantent les écrevisses sorti cet été, de vieilles gloires un peu passées de mode comme Woody Harrelson en capitaine de bateau de croisière, mais surtout un équipage de comédiens peu connus comme l’excellente Dolly de Leon, actrice philippine qui est une véritable révélation.

Cette mosaïque hétérogène est d’emblée très séduisante, épousant avec talent le chapitrage du film qui bouleverse nos repères dès que commence un nouveau morceau de l’histoire. Si Carl et Yaya sont présents dans chaque segment avec la même importance, d’autres disparaissent pour laisser leur place à de nouveaux protagonistes qui amènent leur pièce du puzzle pour traiter d’un angle different, participant à un ton ironique qui est la marque du réalisateur de The Square. L’auteur s’amuse avec ses personnages, prenant un malin plaisir à les manipuler pour mieux faire rire à la fois le spectateur, mais aussi pour se moquer du mode de vie qui est le nôtre, que ce soit par la consommation de la publicité, puis des loisirs, et enfin de la façon même dont la société se compose, entre riches et pauvres, les premiers exploitant les seconds dans ce qui semble être une logique immuable.

Rire ensemble, « sans filtre »

S’il y a une perversité indéniable dans cette mise en scène, qui participe de toute la proposition qui nous est faite, il faut avouer le plaisir pris à voir se heurter des figures caricaturales comme un capitaine de bateau communiste et alcoolique ainsi qu’un milliardaire russe converti à l’économie de marché jusqu’à l’idolâtrie la plus totale. Cette seconde partie du film, sans doute la plus savoureuse, est un des moments les plus jubilatoires de ces dernières années au cinéma. Ces séquences de pure comédie rappellent l’importance de l’expérience collective qu’on ne peut vivre que dans le cadre d’une projection dans une salle obscure, entouré d’inconnus qui partagent, l’espace de deux heures, la même émotion et le bonheur de rire ensemble.

Sans filtre de Ruben Östlund, sortie le 28 septembre 2022 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France

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