Tirailleurs [critique] : Des héros enrôlés de force
Dans Tirailleurs, Mathieu Vadepied s'intéresse au sort des tirailleurs sénégalais durant la Première Guerre mondiale. Avec justesse et pertinence, le réalisateur s'emploie à faire coexister drame historique et récit intime.
1917, quelque part au Sénégal. Bakary Diallo et son fils Thierno fuient leur village pour se cacher de l'armée française en quête de nouveaux tirailleurs. Lorsque Thierno est capturé et recruté de force, Bakary décide de s'enrôler pour rejoindre et protéger son fils. À peine arrivés sur le front, dans les environs de Verdun, père et fils se heurtent aux horreurs de la guerre. Alors que Bakary s'efforce de trouver un moyen de regagner son pays, son fils est quant à lui exalté par son officier, qui lui propose bientôt de monter en grade...
L'une des réussites de Tirailleurs réside dans sa manière de mettre en images le fossé qui se creuse entre ces deux protagonistes. Le film embrasse ainsi des thématiques et des notions telles que la transmission père-fils, le passage à l'âge adulte, le devoir (ou le sacrifice) familial... En perte de repères, le personnage de Bakary se retrouve non seulement sous les ordres de son fils, mais il voit, par la même occasion, son autorité parentale remise en question. Face à lui, le jeune Thierno, gagne en assurance et rêve de s'affranchir d'un destin jusqu'ici tout tracé.
Un épisode historique encore trop méconnu
À cette peinture intimiste, s'ajoute également un portrait critique de la guerre. Celui-ci interroge tout particulièrement la place et le sort injustes des combattants africains (près de 200 000), tous issus des anciennes colonies françaises. Raconter l'histoire de ces hommes enrôlés de force avant d'être jetés en pâture : la démarche engagée n'est pas sans rappeler Indigènes de Rachid Bouchareb (2006), ou encore Les Harkis de Philippe Faucon, sorti l'année dernière.
Porté par une force courageuse ainsi que de belles interprétations – dont celle d'Omar Sy, dans un rôle à contre-emploi –, le résultat convainc. Si la forme se prête à un certain académisme, Mathieu Vadepied opère toujours des choix pertinents : la majorité des dialogues est écrite en langue peule, les scènes de guerre ne cèdent jamais à une recherche esthétique indécente. Et sans être lourdement didactique, le récit porte en lui un projet pédagogique qui ne manquera pas de toucher les spectateurs, adultes comme adolescents. Sur ce dernier plan, Tirailleurs s'inscrit d’ailleurs dans la lignée des longs-métrages d'utilité publique.
Tirailleurs, sortie le 4 janvier 2023 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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