[critique] L’Extraordinaire Destinée de Sarah Bernhardt : Quand même !
Géraldine Martineau adapte et met en scène la vie de Sarah Bernhardt. Un biopic adroitement construit et interprété, auquel l’or et la pourpre du Théâtre du Palais-Royal offrent un cadre idéal.
Un alligator en guise d’animal de compagnie et un cercueil pour y dormir, des agonies extraordinaires en scène et des renaissances de phénix après chaque coup dur, des excentricités légendaires et une renommée aussi grande que celle de la tour Eiffel : Sarah Bernhardt est la comédienne la plus célèbre de tout le théâtre français. Comme on ne prête qu’aux riches et que la Voix d’or (comme la surnommait Victor Hugo) avait une furieuse tendance à enjoliver son propre mythe, sa vie est une mine à anecdotes et à scandales.
La joie au bras du drame
Géraldine Martineau choisit de reconstituer sa passion en passant par toutes ses stations : l’extase mystique au couvent, la mère un peu putain et franchement maquerelle, la gifle à une sociétaire du Français, les amants décadents, la perte de sa sœur, la tournée américaine, la jambe coupée, le soutien à Dreyfus contre l’avis de Maurice, le fils plus prodigue que prodige, le mari morphinomane, jusqu’à la mort en apothéose. L’incomparable est interprétée par Estelle Meyer, que son bagou effronté et sa voix exaltée et palpitante parviennent à imposer comme une évidente incarnation de celle qui n’obéissait pas, en libertaire autant qu’en libertine.
Troupe protéiforme pour monstre sacré
Sept comédiens et deux musiciens complètent la distribution et incarnent tous les personnages de cette fresque en forme d’ode à la transgression et à la liberté. Ils chantent, dansent et jouent avec un solide talent et passent avec élégance de bal masqué en salon mondain, des plaines du Far West au plateau de tournage de Sacha Guitry, ultime témoin du talent du monstre sacré, selon l’expression que Jean Cocteau inventa pour elle. Avec cette pièce, Géraldine Martineau offre un joli moment d’histoire du théâtre. Ses interprètes la défendent avec fougue dans l’écrin précieux de la magnifique salle du Palais-Royal, qui invite à la joie sur son lambrequin. Bonheur du théâtre, même par gros temps ou rentrée pluvieuse : « quand même », aurait dit la Divine !
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