Annie Colère [critique] : Portrait de femmes en lutte
Blandine Lenoir retrace un épisode névralgique de l'histoire de l'avortement. Portée par la toujours excellente Laure Calamy, cette comédie dramatique séduit par son écriture à la fois intelligente et humaine.
En 1974, moins d'un an avant la Loi Veil, Annie, ouvrière et mère de deux enfants, se retrouve de nouveau enceinte. Mais ni elle, ni son mari ne peuvent assumer l'arrivée d'un autre enfant. Un soir, Annie se rend à l'arrière d'une librairie où des membres du MLAC, le Mouvement pour la Liberté de l'Avortement et de la Contraception, pratiquent des avortements illégaux. D'abord bouleversée par cette rencontre, elle se découvre peu à peu inspirée par ces femmes et ces hommes qui militent dans l'ombre. Autrefois timide et effacée, Annie va alors se transformer en femme et mère courage...
Débutant à la manière d'un récit intime, le nouveau long-métrage de Blandine Lenoir (Aurore, Zouzou) glisse peu à peu vers le tableau choral et social, et ceci, afin de mieux inscrire la petite histoire dans la grande. Mais si le champ s'élargit au fur et à mesure, la réalisatrice ne perd quant à elle jamais de vue son héroïne. L'équilibre dramatique de son film doit beaucoup à cette constance. À cela, s'ajoute une mise en scène pertinente : la caméra se met toujours à la hauteur des femmes, et plus particulièrement des « patientes ». En témoigne une longue séquence d'ouverture qui synthétise à elle seule les grandes forces du projet : une écriture subtile et des interprétations bouleversantes.
Libérer la voix et le corps des femmes
Cette même introduction permet au spectateur de cerner l'urgence de la lutte : il faut ici libérer la parole et le corps des femmes. Des femmes qui se retrouvent écrasées par le poids du devoir conjugal. Des femmes qui n'ont cessé d'être négligées et désinformées par les autorités médicales - essentiellement composées d'hommes.
Avec ce qu'il faut de justesse, de tendresse et d'empathie, le film traite l'IVG comme un acte politique, militant et solidaire. Naturellement, les scènes d'avortements occupent une place centrale dans le long-métrage. Pour les mettre en scène, Blandine Lenoir opte pour une approche descriptive, évitant ainsi quelques écueils habituels (le pathos et le didactisme). Si le procédé peut sembler répétitif à la longue, il met néanmoins en lumière les réalités, matérielle comme humaine, de ces opérations clandestines. Et il donne surtout lieu à des dialogues et des émotions d'une justesse renversante.
Annie Colère, sortie le 30 novembre 2022 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
Partager cet article sur :
Nos derniers articles
Chaque été à Paris, le cinéma sort des salles obscures pour investir les cours de musées, les parcs, les places ou les bords de Seine... Tour d'horizon de ces rendez-vous cinéphiles sous les étoiles.
Le mythe gaullien reprend vie : La Bataille de Gaulle : L’Âge de fer arrive en salles, suivi dès le 3 juillet par J’écris ton nom. Dans ce diptyque d'envergure, Simon Abkarian prête ses traits au Général lors des heures charnières qui ont fait basculer la France.
Daniel Roher signe un premier long-métrage de fiction au cœur duquel un accordeur de piano atteint d'hyperacousie fait de son oreille absolue un instrument criminel. Un thriller qui charme autant pour sa simplicité narrative que pour sa conception sonore.
Inspiré des faits vécus par Margot Wölk, qu’elle révéla en 2012, deux ans avant sa mort à 95 ans, ce film retrace le parcours effroyable de sept femmes recrutées pour goûter chaque jour les plats destinés à Hitler. Un drame poignant entre gravité et folie.





