[critique] Le Roi Soleil : « Ce qui compte, c’est l'histoire »
Pour son nouveau long-métrage et au fil d’une intrigue dont la mise en abyme est aussi fascinante que perturbante, Vincent Maël Cardona tisse un huis clos policier tortueux rappelant combien la réalité peut s’avérer plus aléatoire qu’elle y paraît.
Dans le bar PMU de Nico et Esmé, « Le Roi Soleil », encore fermé aux consommateurs, Livio et Reda, amis et policiers, discutent d’une possible bavure commise peu avant par Livio. S’y trouvent aussi Erwan, un trader, et Abel, un scénariste. Surgit le vieux Kantz, un habitué. Le temps de leur apprendre qu’il a gagné le jackpot au loto, un certain Comar entre et les braque. Bientôt, un mort... Deux impératifs s’ouvrent alors à ceux qui restent : toucher le bulletin gagnant et décrire une histoire qui tiendra la route quand la police viendra… Dès lors, le récit nous entraîne dans un imbroglio chronologique et narratif aussi amusant que complexe.
Un rappel salutaire à l’époque des vérités alternatives
« Ce qui compte, c’est l’histoire », dit le trader Erwan au stagiaire avec qui il squatte le château de Versailles. Tout le problème, quand ça touche un homicide, c’est que la version présentée serve la vérité. Et c’est bien ce que Le Roi Soleil interroge ici avec intelligence. En effet, sans jamais ni relâcher le rythme ni (quasiment) sortir du bar aux couleurs, ombres et lumières aussi contrastées que les témoignages qui s’enchaînent, le réalisateur et son coscénariste, Olivier Demangel, nous poussent à nous forger des certitudes pour mieux les dynamiter au fil de scènes qui se succèdent, s’interpénètrent, reculent, repartent vers l’avant… à la fois identiques et différentes. Un puzzle qui mue le spectateur en historien chargé d’authentifier les faits mais aussi en juge tenu d’établir la vérité.
Comment rendre vrai le mensonge et inversement ? Obtenir l’assentiment des autres quand il y a gros à gagner comme à perdre ? On tente d’abord de suivre rationnellement ce jeu de massacre autour d’un billet de loto. Puis on lâche prise, porté par ce récit fantasque plein de chausse-trapes. Pio Marmaï est très convaincant dans le rôle de Livio, personnage des plus troubles. On retrouve aussi l’excellente Lucie Zhang, découverte dans Les Olympiades de Jacques Audiard, et Sofiane Zermani, rappeur dont la carrière d’acteur déjà conséquente s’étoffe ici d’une prestation impressionnante. Un exercice de style ténébreux à tous égards, joliment mis en musique par Delphine Malausséna, et tout à fait déconcertant !
Le Roi Soleil, sortie dans les salles le 27 août 2025 : toutes les séances à Paris et en Île-de-France
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